Emeline, promesse renouvelée du plaisir des sens

Cela fait plus de vingt-sept ans qu’Emeline Michel réussit l’exploit de la métamorphose permanente. “D’Haïti assiette faïence” à “Mèsi Lavi” gravé sur son dernier opus « Quintessence », Emeline a toujours su surprendre son public, se renouveler, aller chercher loin inspirations et orchestrations, sans jamais se perdre ni rompre les amarres avec ce qui fait d’elle une fille d’ici. Avec son dernier album, en présentation haïtienne jeudi au Karibe et vendredi à Fokal, la fille des Gonaïves, la petite du collège St-Pierre, la grande dame de la chanson haïtienne tient ses promesses de dépassement de soi. Le peu diffusé en avant-première le confirme. Chaque album d’Emeline est une belle rencontre. Une aventure de bon goût. Certains musiciens de ses premiers succès l’entourent de titre en titre, Fabrice Rouzier en premier. Si elle renouvelle, cette fois, la liste des auteurs de ses textes avec une belle brochette d’écrivains, Ralph Boncy, l’ami, l’amant, le premier mari, l’auteur de ses hits de jeunesse, revient sur Quintessence. Sa fidélité n’empêche que sa carrière soit une suite de prises de risques. Le public découvre une nouvelle Emeline à chaque livraison. Et en redemande. Le fil conducteur de sa carrière est la recherche du son nouveau, de la chanson portrait d’une époque, d’une situation ou d’une nouvelle facette de ces incontournables ancres (l’amour, la famille) qui font de nous ce que nous sommes. Dans sa bouche, nos douleurs, comme ses feulements, ses états d’âme livrés sans rideaux à notre appréciation ou son bonheur déposé comme du papier calque sur nos vies, se dégustent à petites doses. Alcools forts, parfums entêtants enrubannent ses melodies. Emeline vient, s’en va, revient pour nous surprendre. Elle se réinvente sans cesse. Se fait oublier, se laisse désirer, offre des retrouvailles gourmandes. Coupe de cheveux, allure, variations vocales, elle n’est jamais la même tout en gardant l’armature de son talent. Reste les thèmes vrais, cet éclair dans ses yeux, l’arc de ses sourcils et un déhanché dévastateur. Sur scène comme sur les platines, elle ne ment pas. Cela se sent, se vit, nous connecte à elle. Emeline est la promesse permanente du plaisir des sens. Avec dix albums, en près de trente ans de carrière, Emeline a toujours su satisfaire les attentes de ses fans tout en refusant le succès facile des textes ou mélodies attrape-foule. Durer sans lasser. Briller sans éblouir. Tenir sans s’agripper. Femme fatale. Epouse. Mère. Elle vit sa vie, chanteuse toujours. Pour notre bonheur, le sien aussi, on espère. Du stade Sylvio Cator en 1985 au Festival de la jeunesse organisé par Ansy Dérose, en passant par un triple concert en un week-end à l’Institut français (période Bicentenaire) ou des spectacles ici ou là, pas une fois, en auditeur, téléspectateur, lecteur ou journaliste, suivant ses prestations, la femme-flamme ne m’a déçu. En la retrouvant ce mardi autour de la piscine de l’hôtel Villa Créole, resplendissante et pourtant si simple, je me suis dit qu’il y a de ces montées en puissance, de ces consécrations qu’on ne peut que prendre plaisir à avoir accompagné.

Frantz Duval

Le Nouvelliste

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