Murielle Leconte Femme-Courage

Les garde-robes se remplissent, de nouveaux concepts fleurissent, mais ne sortent que rarement des jardins de la mode haïtienne. Chez nous, diversité et innovation sont souvent maintenues grâce à des couturières et stylistes aux doigts de fée. Ceux de la trempe de Murielle Leconte, Murielle Création. Un nom et une marque qui font valeur à la culture locale.

Ses créations frappent autant que son caractère d’acier. Ingénieure civile, professeure, artisan, danseuse, modéliste, Murielle lutte depuis trois ans contre un cancer, avec l’espoir de lendemains meilleurs. Pour avoir connu les beaux jours de cette femme active et productive, on déduit que l’état de santé la paralyse. Elle n’est pas la même, ni tout à fait une autre. Murielle reste ferme d’esprit. C’est dans une maison de santé que la Sagittaire réside depuis qu’elle est malade. Là, elle est sûre d’avoir la présence constante des médecins nécessaires. Avec peine, la styliste utilise un appareil mécanique pour se déplacer. « Je n’ai jamais souhaité vivre de la sorte. Et je n’ai pas choisi d’être malade non plus. Le destin en a décidé ainsi. Donc j’éprouve cette expérience douloureuse comme étant la plus jeune affectée dans ce nursing home. En dépit de tout, on compte sur moi. J’aide les autres malades à s’en sortir moralement. Je partage tout ce que j’ai. J’aime tout un chacun. Certains croient que j’ai changé du tout au tout, mais j’estime être la même. Les tous petits riens sont essentiels pour moi, et c’est cela qui m’aide à tenir le coup », témoigne Murielle. A regarder passer le temps à travers la fenêtre de sa chambre sans rien faire, Murielle n’y va pas par quatre chemins pour avouer que la mode lui manque plus que tout. « La mode était pratiquement ma seule raison de vivre. Mais comme dit la Bible, un temps pour chaque chose. Dieu m’avait soutenue quand je me faisais un nom dans un pays où tout est difficile pour nous autres artistes. Tant bien que mal, j’ai vécu vingt ans dans la mode sans aucun support matériel de quiconque. Maintenant je suis contente de savoir que nos designers sont plus ou moins encadrés, et ça va pour le mieux. Je ne veux pas y penser pour l’instant, car je n’en finirais pas de parler de mode. L’essentiel pour moi à présent est de me battre pour survivre, la mode est devenue secondaire », précise-t-elle. L’année dernière, un transplant a failli coûter la vie à la battante. Une nouvelle restée secrète jusqu’au moment où la designer révèle ce passage d’amertume. Néanmoins, le 8 décembre 2012, Murielle a eu le privilège de recevoir les honneurs et mérites de la communauté haïtienne, une initiative de l’Orchestre Tropicana d’Haïti. Une soirée d’hommage exceptionnelle lui a été dédiée pour ses accomplissements dans le milieu artistique. « J’ai accueilli cet hommage comme un signe d’amour et de reconnaissance. J’ai l’habitude d’être honorée, je collectionne au moins trente-cinq plaques d’honneur ; toutefois, jamais une soirée de ce genre m’a été offerte. Par le biais de cette initiative, j’ai apprécié la complicité des amis de longues dates qui se sont réunis pour venir à ma rescousse : Smoye Noisy de Caribbean Group, Antoine Augustin du comité du 50e anniversaire de Tropicana, Danielle St-Lot de Femmes en Démocratie (dont je fais partie), Sony Bèl Anfòm, Maguy Durcé, Maelle David, Simone Amboise, Valéry Numa, et presque tous les médias ! », se réjouit Murielle. Le récit de sa création est probablement celui de sa vie. Ils n’ont jamais été dissociables. Dans sa résidence privée en Haïti, on se souvient des rayons de vêtements, des tableaux d’art et des toiles de peinture usées par les pinceaux qui encombraient sa galerie jusqu’au seuil de sa chambre. Supporter d’être loin de toutes les activités culturelles et de ses bienfaits qui ne sont pas près d’être oubliés est un calvaire pour cette référence de la mode. L’avenir de Murielle Leconte semble scellé d’imprévisions, mais c’est en ces mots de foi que la designer recommande son sort au Tout-Puissant : « J’accepte la volonté de Dieu ! » Aujourd’hui la plupart de ses projets tombent à l’eau. Néanmoins sur l’invitation de Danielle St-Lot, elle envisage de participer à une exposition au mois de mai si ses possibilités financières le lui permettent. A cet effet, Murielle demeure optimiste, et espère que ses préparatifs et sa santé seront au rendez-vous pour cette occasion.

Dimitry Nader Orisma

Credit: Le Nouvelliste

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