Bill et Michaëlle

Le Premier ministre Laurent Lamothe a annoncé le 3 mai en cours la visite à Port-au-Prince de l’ex-président américain William Jefferson Clinton pour ce vendredi. Les services de presse de l’ex-gouverneur du Canada Michaëlle Jean confirment que l’envoyée spéciale de l’Unesco sera elle aussi dans nos murs ce week-end. Les deux devraient assister à la réunion de présentation du Cadre de coordination de l’aide externe au développement d’Haïti (CAED) le 10 mai. Après la sortie du documentaire de Raoul Peck, Assistance mortelle, pourrons-nous regarder avec les mêmes yeux nos deux visiteurs spéciaux ? La question est pertinente. Les deux poids lourds, grands amis d’Haïti, introduits dans toutes les rencontres, sont dans le décor depuis le séisme du 12 janvier 2010. Un peu même avant. Les deux ont été témoins actifs du plus grand gâchis de l’histoire de la coopération internationale avec Haïti. Des milliards de dollars n’ont pas pris le bon chemin en dépit de leur diligente présence. La réunion de ce vendredi 10 mai qui requiert leur lumière se tient autour du Cadre de coordination de l’aide externe au développement d’Haïti (CAED), nouveau mécanisme de coordination mis en place par la partie haïtienne. Pays donateurs et institutions internationales rencontreront les officiels haïtiens dans ce cadre. Quel y sera leur rôle ? L’Unesco n’a pas beaucoup de moyens, il ne faut pas voir Michaëlle Jean comme un bailleur de fonds. L’ex-président Clinton, s’il maintient sa visite, fera des annonces comme il en a le secret. Et après ? L’assistance mortelle va se poursuivre ? Nous allons passer de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) et du Fonds de reconstruction d’Haïti de 2010 à la coordination de l’aide externe au développement d’Haïti (CAED). Depuis 1994 Haïti enfile les sigles, rate les programmes. Nous sommes passés du Programme d’urgence et de relèvement économique (Pure I, Pure II), au Cadre de coopération intérimaire (2004) puis au cadre de mise en oeuvre du Document de stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSNCRP) en 2007. Peu de changements significatifs en ont résulté. La partie haïtienne manque toujours d’articulation, peine à coordonner ses actions, à contrôler la présence des ONG et à peser sur la liberté des agences de coopération des pays amis. Bill, Michaëlle et les autres seront-ils en promenade ce week-end en Haïti ? Ont-ils de vraies responsabilités ? Faisons-nous le meilleur usage de leur amitié et de leur sollicitude comme eux ils épinglent Haïti en blason sur leur CV ?
Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval
Credit: Le Nouvelliste

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