Léogâne : des richesses insoupçonnées.

 

« Léogâne est une ville trop riche pour être pauvre ». 

Tous ceux qui ont eu la chance de découvrir la commune de Léogâne dans ses moindres recoins ont du se plaindre comme moi, comme tant d’autres que « Léogâne est une ville trop riche pour être pauvre ». Que les plus zélés ne s’offusquent pas avant de prendre le temps d’analyser les raisons de ce gémissement.

La commune de Léogâne n’est, certes, pas la plus démunie du pays mais force est de constater qu’elle soit loin du rayonnement qu’elle aurait dû avoir. Qui n’a pas rêvé d’une ville différente quand il veut faire un tour au marché après un jour de pluie? Qui n’est pas offensé de savoir que la quasi-totalité de cette ville historique n’a que le soleil pour éclairage public ? Je passerai à pieds joints sur les zones dépourvues d’électricité, le chômage structurel, la fracture sociale et bien d’autres problèmes nationaux qui touchent Léogâne de plein fouet.

Rassurez-vous, malgré ces questions c’est une toute autre histoire que je souhaite aborder, un élément trop souvent oublié, un facteur trop longtemps ignoré mais également une force tranquille, une puissance extraordinaire qui ne demande qu’à être exploitée, sa richesse. La ville dispose de plusieurs atouts qu’il convient de souligner. Cette semaine on va mettre en valeur sa « jeunesse consciente ».

Richesse 1 : Une jeunesse consciente

La vague de migration des années 70 et 80 a favorisé des regroupements familiaux dans les années 90 et 2000 qui ont permis à de nombreux jeunes de rentrer dans l’élite intellectuelle de plusieurs pays occidentaux. Des coopérations Sud-Sud ont ouvert la voie de nombreuses universités à des jeunes léogânais. Enfin, la génération d’étudiants haïtiens en République Dominicaine voisine n’a cessé de grossir.

Aujourd’hui plus que jamais Léogâne dispose d’une réserve de jeunes hautement qualifiés, formés localement, régionalement ou dans les plus grandes universités du monde. Qu’est ce qui différencie ces jeunes des milliers d’autres avant eux ? En quoi est-ce une richesse ?

La réponse est simple : leur conscience. A la différence des générations précédentes, et sûrement conscientisées par la visibilité que le 12 janvier 2010 a apportée sur la dégradation de la ville, ces jeunes semblent être enfin décidés à contribuer. En tout cas, la jeunesse léogânaise a fini par réaliser que le changement ne peut venir que d’elle.

Les jeunes sur place sont de plus en plus motivés à agir. De nombreuses initiatives sérieuses ont vu le jour. Même si pour l’instant certaines peinent à se mettre en place par manque de moyens ou n’ont pas encore produit leurs résultats, les idées sont de plus en plus affinées, de plus en plus matures. La ville est sur le point de renaitre parce que la jeunesse, son cœur, s’est décidée à emboiter le pas. Et en dépit de toutes les contraintes qui peuvent décourager un jeune ayant déjà quitté Haïti à prendre la décision de le choisir comme environnement de travail à plein temps, nombres de nos jeunes sont en train de mettre en jeu leur temps libre, leurs compétences, leur ressources, et pour les plus téméraires, leur sécurité pour donner à cette ville ce qu’elle a toujours mérité d’avoir : l’éclat. Un éclat à l’image de son ancienne reine, Anacaona.

Le réveil est amorcé

L’année 2012 aura finalement été une bonne année.

  • On dit que les sports unissent les peuples. En décrochant le titre Valencia a donné le ton, hissant au passage une ville entière sur la plus haute marche du podium après 40 ans (1972-2012) de travail.
  • La ville a enfin une centrale électrique. On espère que ça va donner une bouffée d’air frais aux entreprises en leur permettant d’améliorer leur productivité. Quand on sait que la pénurie d’énergie est l’un des plus grands obstacles à la croissance économique.
  • Les jeunes de Rasin Lespwa ont frappé très fort avec la première édition de Festikreyol. Darbonne, et Léogâne en général, a été subjuguée par la dimension des talents de ces artistes qui ont ébloui la ville avec leur théâtre de rue, leur spectacle et d’autres activités enrichissantes.
  • Des projets intéressants portés par des jeunes de la cité sont en cours de planification ou sur le point d’être lancé. Des rencontres un peu partout dans le monde, des groupes de diffusion sur les réseaux sociaux etc.

La dynamique est lancée

Le silence qui caractérisait la population léogânaise est en train de se briser. La résignation qui nous assujettissait est sur le point de se renverser. L’individualisme qui tuait dans l’œuf nos rêves en tant que groupe laissera bientôt place à une prise de conscience massive. L’heure est venue pour que les enfants de cette riche terre puissent redorer la couronne d’Anacaona en mettant leur lumière à disposition pour créer le faisceau qui fera briller de mille feux cet héritage ancestral.

La jeunesse est consciente que la situation est urgente. L’heure du changement a sonné. Cette jeunesse consciente ne peut être ignorée, ni gaspillée.

Marie A. Alliance

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *