Michel Martelly, sans son costume de président

Il faut se trouver une place pour garer son véhicule. Il est déjà 8h 47. A l’entrée, de charmantes jeunes filles, sourire ravageur, regard accrocheur, accueillent les participants au gala, avant de passer sous le détecteur de métal. Une fois franchi l’appareil détecteur de métal, une demoiselle, les hanches plantées sur des talons, s’adresse à moi : « Monsieur, vous avez droit à une photo souvenir. » Etant seul, je ne trouve pas trop intéressant de poser pour le photographe. Cette photo, elle serait tout de suite imprimée avec le logo des 25 ans du Sweet Micky avant de m’être remise. Dans la salle d’attente, ils sont pour la plupart des ministres, des directeurs généraux, des cadres de la fonction publique, des membres d’organisations internationales, des entrepreneurs, des amis et des proches du chef de l’Etat, formant des groupuscules. Les artistes ne sauraient ne pas être présents. Un homme, en costume (comme fut le protocole), porte un bonnet. C’est notre Black Alex national. Les frères Martino, Michael Guirand et Richard Cavé de Carimi, Ti Joe Zenny de Kreyòl La, – pour ne citer que ceux-là -, des artistes qui tirent à boulets rouges durant les carnavals sont en tête-à-tête, à côté des tables très bien garnies. On rigole, on mange, on boit, on parle de tout et de rien en attendant que le spectacle commence. « Tout se Martelly ». 22h 40. L’heure pour chercher sa table à 10 personnes. Quelques grognes, les tables n’étant pas identifiées, on s’assoit finalement où l’on veut. 10 minutes se sont déjà écoulées. Le décor est planté. Une voix s’adresse à l’assistance. C’est celle de Sophia Martelly, l’épouse du président. L’ex-manager de Sweet Micky parle de sa fondation Rose et Blanc et de la place qu’a occupée la formation musicale dans sa vie. Pour elle, ce groupe musical, fondé à la même année de la naissance de son fils aîné Olivier, est son cinquième enfant. « Sweet Micky, tu es spécial, dit-elle. Merci pour tout ce que tu as apporté dans notre vie. » La première dame, voix émue, salue tous ceux qui ont contribué, d’une façon ou d’une autre, au succès de Sweet Micky. Welton Désiré (basse), Ansyto Mercier (keyboard), Stéphane Gilles (clavier), Romane (percussion), Sergo (tambour), entre autres, sont déjà prêts. Alex Tropnas gagnera le podium après. L’introduction de chaque musique est préparée par une mise en scène de « Haïti Spectacle » qui, à certains moments, est lassante. Les acteurs interprètent quand même avec brio « Zanmi », tube à succès de Sweet Micky, avant que Roberto Martino, admirateur de Michel Martelly on ne peut plus, enchaîne avec « Tout cé Martelly ». Michael Guirand, Ti Joe Zenny, Mikaben, Misty Jean, Rutshelle Guillaume, Gracia Delva, Alan Cavé emboîtent le pas à Martino en chantant d’autres morceaux du président-chanteur. Tout ceci, dans une comédie musicale. Les minutes s’égrènent. L’assistance est toujours un peu froide. Entre-temps, les serveurs s’occupent des tables. Avant de voir le président sur scène, un minidocumentaire sur l’histoire de Sweet Micky est diffusé. On y apprend un peu sur la détermination de l’artiste devenu président de la République à travers des témoignages les uns plus émouvants que les autres. On y apprend aussi que Michel Martelly a eu son premier vrai spectacle à l’hôtel Ibo Lele devant un public de…14 personnes. Avec la détermination, celui qui s’autoproclamait président du compas va finir par jouer devant 600, 800 personnes au même endroit. Le début d’un long succès musical. Martelly: « J’ai laissé le président chez lui » Minuit 23. Une pluie de feux d’artifice dans le ciel de Laboule. Escorté de ses gardes du corps, Michel Martelly, t-shirt mauve, blazer crème, jeans bleu, arrive sur les lieux et se dirige vers le podium. Du bruit, des applaudissements pour accueillir le chanteur qui salue de la main les spectateurs. Pas de temps à perdre. Du coup, Michel Martelly, animé d’une énergie débordante, commence son show, en interprétant un hit de son répertoire. Le public est déjà conquis, les chaises et les tables ne servent plus à rien. Une bonne partie du public va se masser devant l’estrade. Mais, attention, prise de photos du chef de l’Etat sur scène interdite. Non. Le président de la République ne peut pas continuer à chanter sans placer quelques mots. « J’ai laissé le président chez lui, ironise-t-il. C’est le citoyen qui est là ce soir. J’ai des choses à dire, j’ai droit à la parole. » On rigole sur fond de suspense. Connaissant le personnage, certains se posent des questions. On ne sait plus à quoi s’attendre. « 25 ans plus tard, je vois encore des têtes que j’avais l’habitude de voir, même si elles n’ont plus la même forme, plaisante Michel Martelly. Elles ont maintenant des cheveux blancs. C’est grâce à vous que je suis devenu Sweet Micky.» L’artiste rend hommage à son épouse, ses enfants, ses anciens boss, et tous ceux qui le supportaient durant sa carrière musicale. Les tubes à succès enchaînent : « Zanmi », « Cocorico », « Oulala », « Kè m sere », « Mon colonel ». 1h 09. Le président est en mode Michael Jackson. Chapeau blanc, t-shirt blanc, veston un peu marron. Après une courte chorégraphie qui rappelle le roi défunt du pop, le président-chanteur interprète « Heal the world » avant d’enchaîner avec « We are the world » en duo avec Misty Jean. Non sans humour. C’est l’un des moments forts de la soirée. Mais le président a une question pour le public : « Ki dènye fwa nou te wè sa ? Prezidan kap jwe konpa… » Un refrain chanté en choeur. On découvre d’autres facettes de certains ministres, directeurs généraux qui se laissent emporter par la musique. Comme si cela ne suffisait pas, Sweet Micky met un peu plus de pression avec des anciens tubes carnavalesques à succès avant de prendre une courte pause. « Premier set », dit-il. De retour sur scène, les chansons « Dènye okazyon » – interprétée avec Black Alex – « Rache kou poul », « Mabouya » de Tabou Combo », « Azoupanm » sont jouées pour un public qui n’attendait que ça. 2h 26. Michel Martelly demande qu’on lui apporte sa guitare. On sait qu’il ne joue pas à la guitare, mais pourquoi faire? Eh bien, il va interpréter « No woman no cry » de Bob Marley. Avec une guitare, c’est mieux comme image, même si c’est Alex, son “Loulou” de toujours, qui joue réellement. « Have you ever seen a president singing? “Have you ever seen a mother fucker president singing ?”, déchaîne celui qui laisse le président chez lui. Compas, reggae, et pourquoi pas un peu de “racine” ? “Kè m pa sote”, le carnaval à succès de Boukman Eksperyans des années 90 est le tube choisi pour tenir l’assistance en haleine. Il le confirme à chaque occasion, quand il est sur scène, la fatigue, ce n’est pas fait pour lui. Avec la fonction de chef de l’Etat, ces moments lui manquent certainement. 3h du matin. Encore une pluie de feux d’artifice. Cette fois beaucoup plus impressionnante. La musique n’arrête pas pour autant. Michel Martelly continue de chanter. 28 minutes plus tard, le band leader met un terme à sa prestation. Une bonne partie de l’assistance a déjà vidé les lieux. Fin du spectacle ? Non. Une nouvelle pause. « Deuxième set », dit Martelly. De retour, place aux boléros. Sweet Micky, c’est aussi ça. Les grands fans du groupe savent de quoi on parle. C’est un Michel Martelly emporté par lui-même qui chante ses chansons d’amour pour mettre fin à ce gala dit de levée de fonds pour la fondation Rose et Blanc. 4h57. Sweet Micky, qui a réussi à ne prononcer aucun propos grivois, contrairement à l’habitude du personnage, décide enfin de mettre fin au spectacle. Ce qui est certain, après son mandat, il y a de fortes chances que l’on retrouve à nouveau Michel Martelly en lead vocal au sein de sa formation musicale fétiche. « Nou pa konn kòman n ap tounen, men n ap tounen kanmenm », promet-il. Pour le bonheur de ceux qui aiment beaucoup plus le musicien que le personnage politique, le spectacle des 25 ans de Sweet Micky fut un pur plaisir.

Valéry DAUDIER

Credit: le Nouvelliste

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