Les “exiles” de circonstance

On les appelle « migrants ». Ils n’ont pas été forcés de migrer, certains n’ont pas osé refusé, d’autres se sont résignés et d’autres encore ont aimé l’idée de pouvoir vivre dans un autre pays. Mais tous les gens de ce groupe ont un point commun, ils ont été aspirés par les circonstances, leur vision du monde a été biaisée par leur positionnement sur l’échiquier mondial. Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux sont trop enfermés les marasmes de leur vie pour se risquer à déplorer, encore moins à rebrousser chemin. Tous ceux qui, relativement, à un moment de leur vie de migrants regrettent le jour ils ont mis les pieds dedans, ou qui réalisent que l’eldorado qu’ils ont si longtemps rêvé ne possédaient pas tout, font partie de ce groupe spécial qu’on appellera désormais les « exilés » de circonstance.

Cette mélancolie qu’on retrouve sur différentes formes (chants, poésies, témoignages ou simples constats) démontre la profondeur du mal être que peut créer l’arrachement voulu ou subi qui d’une manière ou d’une autre contrainte par les circonstances.

C’est toujours amusant d’entendre des gens qui n’ont rien compris à la nécessité de partir à la recherche d’une vie meilleure, se déclarer expert attitré pour parler du phénomène de la migration. Pourtant, ils ont du mal à répondre à la simple question du pourquoi part-on ?

Mais cette malaise n’est pas sans conséquences. Des milliers d’individus emprisonnés dans une trappe dans laquelle ils ne veulent pas sortir. Perdus sur leur propres chemins, certains oublient de préparer le terrain pour les générations futures qui à leur tour se retrouvent emprisonnées sur cette zone frontalière entre le rêve et la vie.

Nombreux essayent de retranscrire la vie à laquelle ils ont du renoncer dans ces eldorados qui finalement n’en sont pas toujours. Conscients d’être des passagers de vols sans retour (la part de migrants de retour dans notre pays est relativement assez faible), ils pleurent ouvertement ou dans leur cœur. Une fois sur place, souvent ils oublient de descendre de leur montagne culturelle pour aller à la rencontre de l’autre, bloquant au passage toute la dynamique d’échange et de partage.

Ce sentiment d’inconfort se ressent même à la génération suivante. Il est connu de tous et surtout admis par plus d’uns que la plupart des enfants d’immigrés sont piégés entre le refus des territoires d’origine de les accepter comme enfant légitime alors que les territoires de migration les rappellent sans cesse que leur ADN ne correspond pas à 100% à celui de ses propres enfants. Ce qu’on appelle couramment la crise identitaire des enfants d’immigrés.

En échouant à transmettre comme il faut la vérité sur « lavi lòt bò dlo », on nourrit chez nos jeunes, sans le vouloir, des espoirs infondés. Certains auraient pu s’atteler à affronter la vie sur place mais gaspillent toute leur énergie à migrer pour aller déchanter pendant des années.

On conclura en disant qu’il y a des douleurs qu’on avouera jamais parce qu’on est symbole de la réussite, du succès, l’exemple à suivre. Mais toute la question est de savoir entre une fierté fallacieuse et une vérité poignante, laquelle pèse plus lourd sur la balance de la sincérité ?

Aux « exilés » des circonstances, comme nous et tant d’autres, il nous faut agir pour changer la conjoncture pour que la migration soit pour nous aussi, comme elle est pour d’autres, source de partage, d’échanges et de développement personnel.

Fersam Allifleur

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