Honneur à un Lauréat

Max Grégory Saint-Fleur : 1er prix Kalbas Lo Lakarayib avec « Woulman Vag »

En lisant cet éditorial que je consacre à la victoire de Max Grégory Saint-Fleur au concours de poésie créole Kalbas Lò Lakarayib le 6 Novembre dernier en Martinique grâce à son texte intitulé « Woulman Vag », vous penserez sûrement que je suis très en retard ou très lente à réagir. Et pourtant, ce décalage était nécessaire pour laisser au poète le temps de relativiser les différentes vagues d’émotions qu’il a du ressentir ces derniers jours. Dans un entretien qu’il a bien voulu nous accorder, il revient sur les sentiments et expressions qui ont jalonné ses journées de l’annonce de la nouvelle à la dure réalité de son absence à la cérémonie de remise des prix.

A la question de nous décrire ses ressentis comme s’il essayait d’expliquer tout ça à un enfant, il a répondu « J’ai montré l’écran de mon ordinateur aux collègues parce que je n’avais plus de salive » avant de se reprendre « Avant j’ai sauté aux cous des collègues, ils ne comprenaient rien. Alors face à leur surprise devant ma brusque réaction je leur ai montré l’écran de mon ordinateur parce que je n’avais plus de voix. »  Il ne décrit pas sa surprise ici mais sa joie d’être primé dans un concours international, après de nombreux prix dans des concours locaux ou nationaux. Il n’était pas surpris parce qu’il est conscient de son talent et parce qu’il est assez humble pour continuer à travailler et à apprendre comme s’il était au tout début de son art. « Après la parution de Tan Lapli l’an dernier, Woulman Vag a suivi dans la même veine, avec l’eau comme thème central. Je me disais que je dois proposer un texte qui peut toucher. J’ai travaillé avec soin mes jeux de mots, les images, les figures de styles, aucun aspect du point de vue technique n’a été négligé. » Et son abnégation a payé.

Pourtant la surprise n’allait pas tarder à pointer le bout de son nez quand l’invitation à venir recevoir son prix en Martinique allait se heurter à la barrière de l’ambassade de France à Port-au-Prince. En dépit des démarches entreprises par le comité organiseur du concours auprès de la préfecture de Martinique rien n’est fait, les 3 nominés et primés haïtiens ont été les grands absents de la cérémonie. Ironie du sort les premiers vers du texte font référence à un rêve déchiré.

Chak woulman vag
S on dènye mizik woule m debò
Pawòl charabya k ap chare m
Nan yon rèv chichadò tou chire

Les autorités haïtiennes eux, n’ont pas levé le petit doigt pour soutenir la réussite de ces jeunes. Peut-être qu’ils avaient mieux à faire, peut-être qu’ils ne savent quoi faire, ou n’ont voulu rien faire, va savoir ?

Max, lui, n’était pas au bout de ses surprises parce que le jour où il a eu la confirmation de ne pas obtenir son visa pour se rendre en Martinique, il a aussi reçu la confirmation qu’il était le meilleur de la cuvée de 2013, pour la 4e édition de Kalbas Lo Lakarayib. Malgré la tristesse de l’absence à cet événement, il ne se décourage pas. Quand on parle de perspective, il est humble mais lucide « Je me vois en face d’un chemin encore plus long et plus difficile à parcourir. Percer l’espace littéraire n’est pas chose facile mais j’ai la détermination comme boussole. Je suis et je reste convaincu que l’avenir me sourira »

D’abord remercions Max d’avoir porté la poésie haïtienne sur la plus haute marche du podium de l’Atrium de Fort-de-France. Il a su agencer les mots pour aller chercher la victoire, et comme s’il l’avait deviné.

Nan yon enfini alevini serenad
Melodi van […]
M trese pa ak pawòl
M trese nas ak plim cheve m
Pou woulman vag
Bwote w pote ban mwen

Je ne saurais terminer sans attirer l’attention de nos dirigeants qui sont sensés supporter la culture et appuyer ces jeunes talents sur le mauvais signal qu’ils sont en train d’envoyer à la jeunesse. Quatre (4) édition de Kalbas Lò Lakarayib et sur les 24 prix distribués 7 haïtiens dont deux Kalbas Lo n°1 (2006 et 2013).

2006           Le prix «KALBAS LÒ n°1» à Madame Jeanie BOGART JOURDAIN
2008           Le prix «KALBAS LÒ n°2» à Monsieur Frantz Benjamim
2011           Le prix «KALBAS LÒ n°2» à Monsieur Carlyle Courtois
2011           Prix coup de cœur à Monsieur Roody Bartélémy
2013           Le prix «KALBAS LÒ n°1» à Monsieur Max Grégory Saint-Fleur
2013           Le prix «KALBAS LÒ n°3» à Monsieur Anderson Dorvilas
2013           Prix coup de cœur à Monsieur Claude Saint-Charles

Pour cette année 2013, 3 primés : 3 absents. Comment est ce possible que des jeunes talentueux subissent ces traitements?

Je veux refermer ce numéro sur une note positive à l’instar du positionnement de Max quand il parle de l’avenir « Je continue de travailler sur des textes en créole mais aussi en français. »

 Pour ton talent, ta générosité, ton humilité et ta lucidité, merci Max. Merci de donner espoir à la jeunesse, merci de symboliser l’exemple à suivre. Du succès pour l’avenir, pour la vie de la poésie en Haïti. Pou Kalbas Lò n°1 sa a ou pote lakay, m swete ke dlo enspirasyon, dlo ou renmen ekri a glise’w, mennen’w sou chimen siksè.

                                                                                                                                                                                                                                           Fersam Allifleur

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