Trop c’est trop

Un petit tour d’horizon sur l’actualité haïtienne récente, en Haïti et à l’étranger, donne vite froid dans le dos. D’un coté Dessalines rencontre Pétion le 18 novembre comme si on ne faisait pas assez de mal à l’histoire en insultant tous les jours notre devise qui est l’union fait la force, il a fallu le jour de Vertières pour montrer que la désunion est notre nouveau credo dans un affrontement entre manifestations rivales.

Et que se passe-t-il entre temps ?

Nos frères subissent la discrimination et l’humiliation dans la république voisine. Des milliers de Dominicains d’origine haïtienne deviennent apatrides titrait le quotidien le Monde.fr dans son édition du 2 octobre suite à l’annonce de la cour constitutionnelle de Saint Domingue en date du 26 Septembre 2013 privant de leur droit des milliers de dominicains d’origine haïtienne. Des milliers de photos circulent sur les réseaux sociaux sur des incidents sanglants qui ont eu lieu dans certaines localités dominicaines visant et entraînant la mort d’haïtiens.

Le mardi 26 novembre dernier le Parisien.fr évoquait le naufrage d’une pirogue surchargée de migrants haïtiens au large de l’archipel des Bahamas. Bilan : 30 morts et 110 rescapés. Dernièrement des jeunes pleuraient sur les reseaux sociaux la disparition d’amis sur des embarcations similaires.

Et que faisons-nous entre temps ?

Rien ! Oh, j’ai failli oublier. Nous préparons notre manifestation du 29 novembre pour casser encore quelques vitres, détruire deux ou trois infrastructures et j’en passe. A l’instar des nombreuses manifestations qu’a connu le pays récemment.

 

A quelle fin ?

Chasser la vie chère et la misère. Assurer une vie digne à nos enfants. Amorcer le changement etc. Autant d’objectifs nobles qu’il convient d’encourager. Mais franchement, questionnons maintenant la méthodologie un instant.

Nous disons souvent que Dessalines a dit « koupe tèt boule kay ». Pourtant nous nous refusons de contextualiser les choses. Nos pères s’attaquèrent à un ennemi étranger, barbare et cruel qui pillait nos ressources, violait nos mères, maltraitait nos fils.

Aujourd’hui nous combattons des idéologies et des pratiques au sein de la nation, du coup la méthodologie doit changer. Sinon nous risquons fort de nous entre-tuer. Combien de temps encore nous faudra-t-il pour comprendre que le progrès se construit la main dans la main et non dans l’affrontement permanent ni les conflits inutiles. Comment pourrons-nous faire face à l’humiliation des autres pays si nous nous détruisons chez nous et nous nous humilions nous même par nos démagogie.  La parodie du Nouvelliste sur la « stratégie artisanale »[1] que nous utilisons pour attirer les touristes fait rire, mais démontre également la détresse de la situation. L’heure est grave et ça ne peux plus continuer ainsi. Ce n’est plus acceptable.

 

Que faire ?

Il nous faut agir. Trop c’est trop. Nous ne sommes pas obligés d’êtres d’accord sur tout mais dès lors que nous sommes conscients que nous sommes déjà allés trop loin dans nos déchirements internes nous pouvons trouver une solution. Nous nous devons de trouver cette solution. Aussi bien que les amis et les étrangers ne défendront pas mieux que nous les intérêts de notre famille, les pays dits amis et les néo colonialistes ne résoudront pas mieux que nous, Haïtiens, les problèmes d’Haïti.

Franchement l’usine sucrière de Darbonne travaille de moins en moins chaque année par manque de production de cannes à sacre, nos enfants haïtiens sont exploités et tués dans des plantations  de canne dominicaine.

Et en ce qui concerne les troubles politiques, sans faire de parti pris, on ne peut pas se permettre ces éternels recommencements. « Twòp tolalito, leader ak opozisyon menm ideyoloji, manje pa kite rès ». Ne comprenez-vous pas que la population n’en peut plus de ces mesquineries et ses bassesses.

Certes, il faut du temps pour réparer les décennies de démagogies, d’aberration et d’aveuglement politique. C’est pourquoi dirigeants et opposants doivent travailler ensemble pour faire respecter la dignité du peuple auprès de la communauté internationale en générale et la République Dominicaine voisine en particulier.

 

Quand ?

Maintenant. Le temps d’une vraie réconciliation nationale est venu. Tous ceux qui dans ces heures graves tiennent ou continuent de tenir un discours appelant à la division ne sont pas patriotes et sont indignes de prétendre représenter le peuple. Nous sommes UNE nation, nous devons prendre conscience que notre réussite en tant que peuple passe par l’unité et la fraternité. Nous devrions nous inspirer des passages d’unité du « discours de victoire[2] » du président Obama.

Nous avons touchée le fond. Il est temps que nous arrêtons ces conflits fratricides et  destructeurs pour construire cet espoir que tous les groupuscules revendiquent, contribuer à la réalisation de ce rêve commun de voir ce pays progresser un jour.

Pour la mémoire de nos pères qui se sont battus, sacrifiés pour nous laisser en héritage une république libre, un pays délivré de la dictature. Nous sommes UNE NATION, rêvons en peuple et construisons ensemble la réussite de ce pays afin que chacun puisse y trouver sa part.

Fersam Allifleur

 



[1] On dit aux investisseurs étrangers vient investir en Haïti mais entre haïtiens nous nous battons comme pas possible

[2] “ …the belief that while each of us will pursue our own individual dreams, we are American family and we rise or fall together as one nation and as one people….”, “…The role of citizens in our Democracy does not end with your vote. America’s never been about what can be done for us. It’s about what can be done by us together through the hard and frustrating, but necessary work of self-government… “…I believe we can seize this future together because we are not as divided as our politics suggests. We are greater than the sum of our individual ambitions…”

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