Quatre ans déjà

 

Si les pleurs se sont estompés, le vide que leur départ a laissé est resté béant bien que 4 ans se sont déjà écoulés.

Aujourd’hui est un jour pour saluer la mémoire de plus de 230000 âmes, ces hommes, ces femmes, ces enfants, nos frères et sœurs, pères et mères, maris et femmes, fils et filles, cousins et cousines, grands-parents, voisins, amis et alliés qui ont péri dans cette catastrophe. Un jour pour rendre hommage également au courage de ce peuple qui malgré les contraintes et difficultés de toutes sorte ne baisse jamais les bras mais continue de transpirer pour s’en sortir et qui souvent arrive à peine à survivre.

C’est aussi l’occasion de féliciter les réalisations effectuées, aussi insuffisantes et incomplètes soient-elles. C’est l’opportunité de remercier tous ceux qui se sont dévoués, haïtiens et étrangers, pour faciliter ces améliorations.

C’est facile de trouver des centaines de raisons de critiquer ou de se plaindre mais est ce nécessaire de le faire ? N’est ce pas mieux d’être optimiste pour changer ? Et surtout parce que 3 ans à regarder en arrière devait être suffisant pour voir ce qu’on a raté dans cette reconstruction. Ce 4e anniversaire est le moment de nous tourner vers l’avenir, de cesser un instant de regarder les disfonctionnements du passé pour nous concentrer sur demain en optimisant aujourd’hui.

Depuis deux siècles nous sommes hypnotisés par notre passé et nous ne cessons pas de nous cogner dans les obstacles du futur parce que notre regard est éternellement tourné vers l’arrière. Nous nous gonflons d’orgueil d’avoir fait la révolution qui a conduit à 1804 et inspiré tant d’autres libérations mais nous refusons de nous asseoir une minute pour construire une démocratie.

On dit souvent que Haïti recule beaucoup plus facilement qu’il n’avance. N’est ce pas normal pour un peuple qui ne veut pas se détacher du passé ? Notre trajectoire ne saurait être déconnectée totalement de notre regard.

En ce 12 janvier 2014, laissez-moi vous inviter à la solidarité, la même solidarité qui nous a unis le soir du 12 janvier 2010 autour d’un repas, d’un abri de fortune, de la tristesse ou la peur. Regardons la vie et valorisons-la en adoptant une conduite respectueuse de la dignité humaine et de l’intégrité de la personne. Agissons aujourd’hui parce qu’en quelques secondes tout peut s’arrêter et demain s’échapper à jamais. 12 janvier 2014, un jour pour avancer, aimer et pardonner. Parce que le respect de la mémoire c’est aussi accepter de continuer, 12 janvier est un jour pour faire honneur à notre état de survivant.

Je ne sais pas qui tu as perdu dans cette loterie de la mort mais sentez-vous libre de remplacer les mots soulignés (valables pour moi) pour adapter cette poésie à votre cas mais retenez que « la grandeur n’a pas d’heure et l’amour n’a pas de jour » et donc le meilleur moment pour donner le meilleur de soi est maintenant.

Pou’w touche kè’m
Ou souke tè’m
Ou make chè’m
Pou granmè’m ou fè disparèt
Goudougoudou
Gou’w ret amè
Malgre tou map rete fè’m
Paske Lanmou pa gen jou
E grandè pa gen lè
Grandè ou grann ap toujou nan kè’m
(Marie A. Alliance / inédit/ 12 janvier 2013)

Comme le souligne le Nouvelliste dans son édition du 10 janvier 2014, « Léogâne debout 4 an plus tard », on peut petit à petit se relever de cette grande chute.

Du courage à nos 300000 amis et proches qui portent les cicatrices physiques de ce triste jour, à toutes ces familles qui ont dû recommencer de zéro et au pays qui mettra encore longtemps à effacer les stigmates de cette catastrophe.

A la mémoire de nos 230000 chers disparus.

Fersam Allifleur

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