La Constitution de 1987 : un rêve à concrétiser

Le Peuple Haïtien proclame la présente Constitution: 

Pour garantir ses droits inaliénables et imprescriptibles à la vie, a la liberté et la poursuite du bonheur; conformément à son Acte d’indépendance de 1804 et à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948.

Pour constituer une nation haïtienne socialement juste économiquement libre et politiquement indépendante. 

Pour rétablir un État stable et fort, capable de protéger les valeurs, les traditions, la souveraineté, l’indépendance et la vision nationale. 

Pour implanter la démocratie qui implique le pluralisme idéologique et l’alternance politique et affirmer les droits inviolables du Peuple Haïtien.

Pour fortifier l’unité nationale, en éliminant toutes discriminations entre les populations des villes et des campagnes, par l’acceptation de la communauté de langues et de culture et par la reconnaissance du droit au progrès, à l’information, à l’éducation, à la santé, au travail et au loisir pour tous les citoyens.

Pour assurer la séparation, et la répartition harmonieuse des Pouvoirs de l’Etat au service des intérêts fondamentaux et prioritaires de la Nation.

Pour instaurer un régime gouvernemental basé sur les libertés fondamentales et le respect des droits humains, la paix sociale, l’équité économique, la concertation et la participation de toute la population aux grandes décisions engageant la vie nationale, par une décentralisation effective.

 

C’est ici les avant-propos de notre constitution. Au lendemain de la fin de la dictature duvaliériste, c’est en ces mots qu’on a introduit nos objectifs pour l’avenir à construire, la ligne de conduite que nous souhaitions à l’époque adopter. Le moins que l’on puisse dire c’est que c’est joliment exprimé. Les belles lettres! Un autre héritage de notre passé colonial français.

D’entrée de jeu, on vise le bonheur. « Pour garantir ses droits inaliénables et imprescriptibles à la vie, à la liberté et la poursuite du bonheur » mais on ne s’arrête pas là «  une nation socialement juste », « économiquement libre », « politiquement indépendante » autant de notions qui suscitent l’adhésion et qui appellent à l’engagement citoyen.

Quand est-il aujourd’hui 27 ans plus tard ? Avons-nous réussi à rétablir la stabilité garante de la protection de nos valeurs, nos traditions, notre souveraineté, l’indépendance et la vision nationale. A-t-on réussi à implanter la Démocratie ?

Quant à l’alternance politique, on serait plus sincères si on parlait de « caméléonisme » politique vu que dans la pratique quand ce ne sont pas nos partis politiques qui changent de noms pour se conformer théoriquement à la constitution, ce sont nos hommes politiques qui font du papillonnage idéologique pour ne pas être hors jeu. Je passerai à pieds joints sur «  les droits inviolables du Peuple » tant que ceux-ci ont été réduits au fil du temps, et ça fait bien longtemps qu’ils ont terminés leur processus de convergence vers le néant qui les caressent dans le sens du poil à travers des expressions aussi creux que prétentieux comme « lavi pwal chanje », « pèp la pwal jwenn manje » etc.

Ah « l’unité nationale » ce terme ci apprécié par nos candidats.  Que voulez-vous, adaptation oblige ! Un candidat croit en l’unité nationale seule force capable de le porter au timon des affaires de l’état. Mais une fois arrivé, il devient élu et là c’est différent, il s’est plus obligé de s’y tenir. Alors commence la dangereuse décentralisation de l’expression qui devient vite ‘unité familiale’ ou ‘unité amicale’ quand ce n’est pas, excusez-moi la redondance, ‘unité individuelle’. C’est sûrement pour ça que je ne trouve que peu de mots à dire sur « l’élimination de toutes discriminations entre populations des villes et des campagnes » parce que les problèmes et les contraintes sont partout.

Aujourd’hui encore la langue est un outil de différenciation entre les couches de la population. On peut bien comprendre français, avoir fait ses études post-bac dans 3 universités françaises dont Panthéon-Sorbonne mais être choqué par la réaction de bureaucrates fâchés parce qu’on les a abordé en créole dans un pays où la constitution garantit la légitimité du créole comme outil de communication officiel.

Le droit à l’information est un paradoxe terrible, croissance du nombre des médias mais bons, quand on enlève les partis pris, les tentatives délibérées de nuire et les incompétents il ne reste pas grand-chose. Enfin, l’école primaire est devenue ‘gratuite’ avec l’arrivée du pouvoir en place. Mais que reste-t-il du programme scolaire à l’heure où la plupart des écoles embauche les enseignants sous qualifiés pour réduire les coûts. Bon pour la santé, le travail et le loisir, on repassera parce qu’il s’agit de luxes que beaucoup d’haïtiens n’ont pas encore la chance de jouir.

Il fut question de « séparation, répartition harmonieuse des Pouvoirs », je pense qu’on a encore un peu de progrès à faire. Pour la petite histoire, je pensais qu’il n’y avait pas pire que des élus qui ne savent pas lire. Mais ça c’était avant d’apprendre qu’il y a des ‘sénateurs’ qui signent sans lire. Qui pis est en leur âme et conscience. Bref !

Je terminerai sur « la décentralisation », un leurre monumental. Une administration théorique qui va jusqu’à la section communale quand la gestion effective et la décentralisation du budget de l’Etat n’a fait ni un pas Kita encore moins un pas Nago.

En ce 29 Mars 2014, nous nous devons de réfléchir à notre devenir, au lendemain de cette nation. De nous interroger sur les 27 années passées, sur ce qu’on a fait, ce qu’on a oublié, ce qui a marché et ce qu’on doit changer. Tous ces jolis mots qu’on a criés pour exorciser nos maux ne peuvent être oubliés. Notre constitution est jeune à l’instar des 78% d’haïtiens de moins de 35 ans, allons-nous la laisser vieillir avec ses handicaps ou nous nous déciderons nous à lui donner les moyens de servir de ciment qui unit le peuple ?

Fersam Allifleur

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