L’Association Alliance-Fleury soutien l’éducation à Cormiers (Léogâne) via le projet Klere chimen Siksè

Il était 11h du matin, ce vendredi 11 avril 2014 quand la cérémonie de fourniture de lampes solaires à des enfants de classes de CM2 a commencé dans les locaux du bureau de CASEC de la section communale de Cormiers. Malgré un peu de retard généré par quelques imprévus de dernières minutes, l’événement qui s’inscrit dans le cadre du projet pilote Klere Chimen Siksè s’est bien déroulé. Un effectif de 41 élèves de CM2 provenant de 4 écoles primaires de Cormiers ont reçu chacun une lampe solaire de types S2 de la marque D.light solar et quelques précieux conseils prodigués par 2 jeunes professionnels pour qui l’éducation a été le pilier porteur de la réussite. Enfin, une séance de rafraîchissement photo a clôturé le moment.

Radyonou a rencontré l’une des représentants de l’Association Alliance-Fleury en la personne de Marie Antoine ALLIANCE qui a bien voulu répondre à ses questions.

 

Radyonou : Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce projet, les objectifs et les raisons qui motivent votre axe d’intervention ?

MAA : Cette distribution est le fruit d’une réflexion menée par un groupe de personnes vivant dans la diaspora et en Haïti qui ont voulu s’unir pour contribuer à l’effort collectif qui se fait et qui doit se poursuivre pour mettre nos territoires sur les rails du développement. Ce projet pilote d’Appui à l’éducation à travers l’amélioration au sein des familles des conditions d’apprentissage des écoliers a émergé de la rencontre de plusieurs paramètres notamment notre envie d’innover (se différencier des projets habituels pour mieux les compléter), les besoins identifiés (les enfants fournissent beaucoup d’effort pour accéder aux pains de l’instruction) et les infrastructures disponibles (absence totale d’installations électriques dans la zone).

Nous avons opté pour la fourniture de lampes solaires dans un triple objectif 1) faciliter l’éclairage familial la nuit qui est ressorti comme une option intéressante dans ces localités non rattachées au réseau électrique national et dépourvu de système d’électrification rurale. 2) Se différencier et surtout innover par rapport aux différents projets d’appui à l’éducation qui se cantonnent pour la plupart à construire des salles et fournir des bancs. Cette démarche s’inspire de l’approche intégrée qui se développe petit à petit en Haïti (cantines scolaires, matériels didactiques etc. 3) le projet se veut également être un outil de sensibilisation sur les énergies renouvelables, le développement durable, le respect et la protection de l’environnement.

 

Radyonou : Comment aviez-vous identifié les bénéficiaires de ce projet pilote ?

MAA : Sur la base d’une procédure d’identification ciblant les 12 écoles primaires en fonctionnement de la zone, à l’aide de critères objectifs, nous avions procédé à une hiérarchisation des besoins des différentes écoles. Compte tenu de la taille limitée de ce projet pilote financé à 100 % sur fonds privés (contribution de membres et sympathisants de l’association), seules les 4 écoles les plus vulnérables ont été appuyées. La totalité des élèves des classes de CM2 de ces 4 écoles ont été servis sans considération de la vulnérabilité individuelle des élèves. Soit un effectif de 41 élèves. La distribution des lampes solaires a été faite en présence des différentes écoles appuyées et de 2 des 3 CASEC du cartel de la section.

 

Radyonou : Quelles leçons peut-on retenir de cette expérience ?

MAA : Bien qu’il soit trop tôt pour évaluer l’impact de ce projet en termes de réussite aux examens de certificat ou de changements éventuels en matière d’assimilation des enseignements, nous pouvons d’ors et déjà souligner les éléments suivants :

  1. Une collaboration réussie entre haïtiens là-bas, haïtiens ici et les autorités locales. L’implication des CASEC a été effective dès les premières idées du projet. Ce qui a permis de mûrir ensemble le projet. Aussi, la prise en charge à la fois technique et financière de jeunes haïtiens évoluant sur le sol national est un élément à saluer.
  2. Une forte adhésion au postulat selon lequel nous haïtiens sommes de bons piliers du développement de nos territoires. A différents niveaux le projet a eu des échos positifs sur l’approche qui consiste à mieux connecter décideurs locaux et acteurs privés dans la définition de stratégies de développement innovantes et durables.
  3. La mobilisation d’une jeunesse de plus en plus qualifiée et motivée au service du développement. L’âge moyen de l’équipe qui a travaillé pour la réalisation de ce pilote effleure la trentaine et pourtant elle a fait preuve d’une grande maturité et d’une grande efficacité. La réussite de ce tout premier projet témoigne de leur potentiel.
  4. Enfin, la grande satisfaction exprimée par les récipiendaires de ce support montre l’adéquation entre le choix d’intervention et les besoins réels identifiés au sein de la population de Cormiers.

 

Radyonou : Quel sera la suite de ce pilote ?

MAA : Compte tenu des retards enregistrés dans la phase de lancement de ce projet pilote – nous n’avons pas pu fournir les lampes en début d’année scolaire (octobre) comme prévu- nous souhaitons réitérer l’expérience en octobre prochain. Aussi, nous avions du redimensionner le pilote suite à des promesses de dons qui n’ont pas été concrétisés. Nous espérons pouvoir mettre à l’échelle ce projet tout en tenant compte des ajustements nécessaires en matière de participation, d’inclusion et de concertation afin de pouvoir étudier comme il se doit les retombées du projet sur les communautés appuyées.

 

Radyonou : Quels sont les perspectives d’avenir pour l’association Alliance-Fleury ?

MAA : L’information la plus importante à retenir en termes de perspectives est que nous sommes en train de passer à un niveau supérieur. D’une association qui se voulait être le relais des efforts des haïtiens de là-bas, d’ici, des autorités locales et tous les acteurs de développement pour une meilleure appropriation des enjeux du développement, nous sommes en train de mettre sur pied un groupe de recherche action pour le développement. L’objectif étant de pouvoir formuler des orientations claires en matière de stratégie de développement à partir de la capitalisation d’expériences.

Cette mutation est dors et déjà lancée et compte tenu des partenariats établis ou en préparation nous sommes déjà très optimistes de l’impact de cette initiative dans la gestion future de l’aide au développement en Haïti. C’est ici l’occasion de remercier toutes les personnes déjà mobilisées et de lancer une invitation aux professionnels désireux de contribuer à enrichir la réflexion à venir se joindre à nous.

 

Radyonou : le mot de la fin !

MAA : Merci à Radyonou de nous avoir donné l’occasion de parler de cette activité et des perspectives futures. Merci aux membres de l’Association Alliance-Fleury, à nos différents partenaires pour leur support et leur implication. Merci à la jeunesse haïtienne pour son engouement à contribuer à faire progresser les choses.

Puisse cet élan citoyen trouver l’écho nécessaire pour faciliter l’émergence d’une nouvelle ère, celle d’un développement co-construit entre les bailleurs, les acteurs et les bénéficiaires, celle d’un développement respectueux de l’environnement et de la biodiversité et surtout celle d’un développement attentif aux générations futures.

Que cette action pilote soit le début d’une collaboration franche entre les différentes parties prenantes et constitue les bases d’un avenir meilleur pour les communautés concernées.

 

Radyonou : Merci Mme Alliance d’avoir accepté de répondre à nos questions.

 

Propos recueillis par

Gérald Toussaint

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