Décès de Jean Claude Duvalier : et si on tournait la page ?

Ce samedi 12 Octobre 2014 la famille et sympathisants de Mr Duvalier se sont recueillis devant sa dépouille. Pour certains le fait qu’il n’ait pas reçu de funérailles nationales par respect pour les victimes est une petite victoire pour d’autres c’est une égratignure à sont statut d’ancien chef d’état.

Cette semaine, j’ai été plusieurs fois interpellé par des collègues ou amis ici en Afrique par rapport à cette actualité. Ils voulaient me souhaiter condoléances. Je répondais toujours un souci en moins pour cette nation qui a tant souffert. Je soulignerai que ma famille proche n’avait pas été ni victime, ni complice du régime. Face à mon insensibilité  beaucoup de gens m’ont conseillé de tourner la page, et m’ont invité  à regarder vers l’avant ce que nous autres haïtiens pouvons encore sauver. Quelle guérison nous pourrions apporter aux dégâts causés par ce régime.

Je ne me rappelle pas vraiment les évènements de 86 – j’étais trop jeune pour comprendre. Je n’apprécie pas non plus la majeure partie de ce que j’ai appris plus tard sur ces temps là. La répression, les abus, les disparitions, l’exil, la corruption et j’en passe. Mais en analysant ce qui se passe dans ce pays depuis, les acquis qu’on a perdu, le contexte dans lequel cet homme a eu à évoluer je ne peux que m’interroger. A qui la faute ?

Beaucoup d’expert se sont penchés sur la question de la dictature. N’étant pas l’avocat du diable je ne vais pas remettre en cause les positions de quiconque. A l’occasion du décès de « Baby doc » comme on le surnommait, je voudrais juste revenir sur quelques circonstances atténuantes.

  • L’âge du bonhomme

Arrivé au timon des affaires à seulement 19 ans, l’âge où tout le monde a envie de s’amuser. Sa biographie sur Wikipédia évoque qu’il délégua une partie de son pouvoir à la famille (sœur, mère et d’autres officiels du règne de son père). Qui fut assez fou pour laisser la gestion d’un pays à un adolescent ? Qui pis est un adolescent qui a été forcé de devenir majeur pressé par une pirouette administrative. Il est de notoriété publique que l’abus du pouvoir rend fou, que dire de ces effets sur un cerveau aussi immature que celui de J C Duvalier en 1971?

  • L’entourage du pouvoir

Le souci avec l’héritage est souvent l’absence de volonté de l’héritier. A mon avis J C Duvalier ne fut pas un homme politique étymologiquement parlant. C’était un héritier politique. S’il est à blâmer pour ce qu’il a fait ou n’a pas su empêcher d’arriver ou encore ce sur quoi il a fermé les yeux, on ne saurait dédouaner son entourage, tous ces avides de pouvoir prêt à tout pour continuer à profiter de leur privilège.

  • Ce qu’on peut regretter

Parfois je rencontre des duvaliériste nostalgiques qui me racontent que de leur temps, il y avait la lumière (temps électricité et éclairage publique), les touristes rentraient, la gourde valait quelque chose et qu’on pouvait circuler en ville si tant est qu’on retenait sa langue sur tout ce qui touche au pouvoir. Ces quelques infrastructures étaient surement de maigres consolations au regard de la terreur de la répression, de l’absence de la liberté d’expression. Sommes-nous plus libre aujourd’hui où nous nous cachons des kidnappeurs et d’autres apaches ? Avons-nous mesuré les conséquences sociales et économiques de la libération de notre expression face à la prison virtuelle que nous imposent la violence et la délinquance ?

Avec tout mon respect qui leur est dû j’adresse ma sympathie aux milliers de victimes des décennies de terreur que fut la période 1957-1986 pour qui justice ne sera jamais rendu.  Comme j’ai écrit tantôt, je m’interrogeais juste. N’est-il pas le moment de tourner la page et de regarder vers l’avant ? Un jeune pour qui j’ai beaucoup d’estime aime à dire «  Que sa génération ne passera pas sans que les choses changent dans ce pays », puisse ce vœux soit le crédo de chaque haïtien pour que Haïti cesse de connaitre ces épisodes tristes. Car force est de constater que de 1986 à nos jours, nous n’avons pas beaucoup progressé.

Que la puissance du pardon puisse nous détourner de notre passé, nous donner la force de penser nos blessures. Puissions-nous  enterrer avec la dépouille de Duvalier les séquelles de nos souffrances passées afin de pouvoir avancer vers l’égalité dans l’unité et la fraternité tel que stipule notre devise nationale.

Pa bliye ke se nan linyon fòs nasyon sa ye !

Fersam Allifleur ( Octobre 2014)

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