15 Octobre 1994 et ses 20 ans de séquelles

C’était un samedi, 15 Octobre 1994, toutes les chaines de télévisions diffusaient en boucle les images, le pays entier retenait son souffle, tous les yeux étaient braqués sur le Tarmac de l’Aéroport International de Maïs Gâté. La restitution du président déchu dans ces fonctions était imminente, une sorte de rétablissement de la démocratie.

Aujourd’hui marque les 20 ans de cet événement. Et on s’interroge. Les efforts consentis pour faciliter ce jour valaient-il la peine ? Le prix économique et les conséquences sociales ont-t-ils été à la hauteur des enjeux du moment et des résultats obtenus?

Pour tenter de répondre à ces questions, on va en 5 actes, comme au théâtre, revenir sur la chronologie des évènements ayant conduit à ce rendez-vous du 15 Octobre 1994. La démarche suivie, les implications et les conséquences des mesures prises.

Acte I : Le coup d’Etat. Au matin du lundi 30 Septembre 1991, sans avoir bu Haïti se réveille avec une gueule de bois terrible, la nuit du 29 Septembre ne fut pas ordinaire. Une chose horrible venait de se produire. Après la victoire nette et démocratique du 16 décembre 1990, et moins d’un an (7 mois et 23 jours) après sa prise de fonction le 7 Février 1991, le leader charismatique du Front National pour le Changement et la Démocratie (FNCD) venait d’être brusquement rejeté par l’armée et les élites économiques. La démocratie tant souhaitée venait de subir un nouveau revers.

Acte II : L’instabilité. « Beton an cho » comme on a l’habitude de dire. Les exactions de tout genre sont commises. La répression est partout. Ce qui peuvent filer dans les pays voisins prennent le voile, ceux qui ne peuvent pas subissent soit en rejoignant les dominants (enrôlement au nouveau corps dénommé FRAP) soit en faisant profil bas, voire très bas.

Acte III : Des mesures drastiques. Les mesures de rétorsion (sanctions financières et commerciales) prises contre la junte militaire ont été dures, une sorte d’antidote mortelle contre une maladie grave sur un patient déjà fortement affaibli.

Comme vous pouvez le constater sur le graphique, les conséquences des mesures restrictives prise par les USA et les Nations Unies combiné à l’instabilité politique du moment ont causé beaucoup plus de tort à la croissance du PIB que le séisme dévastateur du 12 Janvier 2010.

A cela s’ajoute plus de 20 000 Soldats américains et autres déployés sur le pays pour lutter contre une armée haïtienne d’environ 7000 hommes au total. Au final, à part un incident au Cap haïtien cette occupation s’est fait sans rencontrer de résistance. Et dans la continuité de cela, le démantèlement de l’armée en 1995 remplacé par une police de seulement 4000 hommes au départ. Quid de la délinquance n’a cessé de croitre depuis ?

Acte IV : Le choc économique. Comme une catastrophe silencieuse il a tout balayé sur son passage, les filets sociaux, les faibles infrastructures de base qui peinaient à fonctionner. Il a également creusé le déficit extérieur, contribué à accroitre la dette publique, créé de l’inflation (très fortement alimenté par l’embargo sur le pétrole comme tenu de la forte corrélation entre ce bien et les principaux indices de prix du pays). Cette période 1991-1994 a été marqué par une croissance rapide du taux de chômage.

Acte V : Et Après ? Un président restitué pour le reste de son mandat, suivi par un quinquennat de son ancien premier ministre et un retour au pouvoir pour le moins surprenant avec les 89,77point de pourcentage d’écart entre l’élu et 2e. On ne remet pas forcément en cause la popularité du gagnant mais l’absence d’alternatifs proposés dans cette élection du 26 Novembre 2000. Le souci est flagrant. Dans certains pays, les candidats n’ayant pas réalisés 5% ne reçoivent pas de dotation de compensation, ici 6 candidats se partagent 8.19% contre un Goliath qui affiche 91.81%.

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Capture d’écran Wikipédia sur l’élection du 26 Novembre 2000

Et pour ajouter la cerise sur le gâteau, ceux là même qui n’ont pas hésité une seconde à sacrifier les intérêts du pays et du peuple pour ramener le protégé allaient en 2004 le chasser lors d’une démission troublante. Comme on dit « le vent a tourné ».

 

Au regard des faits, et du résultat, à la question de savoir si tous ces sacrifices valaient le coup, on peut sans risque dire que non. Le prix social et les sacrifices économiques étaient trop élevés. Aujourd’hui encore Haïti peine à se relever des dommages collatéraux de ce traitement de surface visant à calmer la souffrance visible qui aura entrainé des conséquences dévastatrices.

Les seules nuances qui peuvent être apporté à ce constat alarmant c’est la déduction des effets qu’aurait causés le coup d’état sans ces mesures de distorsions. Car comme dans toute tentative d’analyse comparative, c’est compliqué de déterminer la courbe d’évolution de l’économie du pays si ces mesures de répression n’avaient pas été prises.

On conclura en disant que si « ne rien faire » paraissait inacceptable, « en faire autant pour si peu de résultats » est tout aussi désolant. C’’est pourquoi les haïtiens doivent réfléchir à deux fois avant d’ouvrir toute boite de pandore pouvant nous conduire à des situations de « un remède à court terme pour des effets secondaires permanents ».

15 Octobre 1994 – 15 Octobre 2014, vingt ans d’agonie pour un jour d’euphorie.

 

Fersam Allifleur

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