Au cœur de l’épidémie « candidatite » en Haïti

A en croire les médias haïtiens, et les témoignages de plusieurs sources concordantes, après le « choléra », le « chikungunya », et « l’insécurité endémique », le pays tout entier est secoué par une nouvelle épidémie surnommée par certains « candidatite[1] » et par d’autres « la folie du pouvoir ».

Les experts des réseaux sociaux divergent sur les causes exactes de la maladie encore moins sur ses effets secondaires. Les avis ne sont pas non plus concordants sur la date exacte de son apparition ni sur la meilleure façon de contenir l’épidémie.

Pour les apprentis sociologues, il se pourrait que ce pic épidémique soit le résultat d’une trop longue attente de joutes électorales qui a laissé monter tellement d’ardeur que cela à fini par créer des effets dominos. « Il veut être candidat, il ne sait pas lire, ne maitrise pas les langues du pays ou pire encore n’a jamais réussi à gérer une entité quelconque au delà de sa propre personne et son égo » Alors pourquoi pas moi, j’ai passé le bac haut la main au point d’être immédiatement recruté par « Choméco », le plus grand employeur du pays, qui n’a pas su attendre que j’aille à la fac, trop compliqué vu qu’il faut rater au moins 12 fois le concours avant d’espérer une place et qu’il faudra ensuite attendre des années avant que les enseignants fassent cours quand ils ne sont pas occupé à faire grève ou mieux encore à tenir un meeting électorale dans les environs du Bel Air. Bref, depuis mon premier jour à « Choméco » j’aspire à mon heure de gloire parce que si là-bas on m’offre beaucoup de flexibilité à utiliser mon temps, carnaval, rara, fête champêtre et j’en passe, financièrement ce n’est pas la rose. Du coup monter mon petit parti me parait judicieux. Avec un peu de chance je deviendrai élu. Et comme je connais déjà le système D (pour débrouillardise) je pourrais sans aucun doute m’en sortir.

Les anthropologues en herbe quant à eux pensent que cette épidémie est un mal beaucoup plus profond. Ils soulignent le fait que ce pays a toujours été marqué par des élections remplis de candidats. En effet, à chaque élection la population doit faire un effort surhumain pour réussir à être plus nombreux que les aspirants. Cette période est juste un peu différente de par le caractère exceptionnel de la situation. Il faut rappeler que les enfants de 9 ans n’ont jamais connu d’élections municipales tout comme les cohortes qui avaient 17 ans au moment des élections de 2005 (26 ans aujourd’hui) n’ont jamais pu voter dans une élection municipale. Ce n’est pas forcément un mal à part le fait qu’accorder six d’extension sur des contrats de quatre ans est un peu beaucoup voir déplacé quand on connait les résultats du travails de beaucoup de ces élus chronique (persistant). Bref, ce manque d’exercice a généré des envies. Quitte à rester coincés dans une inertie identique à celle que nous connaissons actuellement autant l’être au timon des affaires plutôt que sur la touche.

Les adeptes de balivernes ont pour leur part expliqué que c’est la malédiction de 1986 qui continue « cette fameuse cigarette allumée dans les deux bouts qu’il faut fumer ». Il faut croire qu’Haïti défie toutes les lois de la nature parce qu’une cigarette doublement allumée devait  priori bruler deux fois plus vite. Non ?

Dans tous les cas, on n’est pas sortie du mystère pendant que 166 partis politiques regroupés en 126 numéros (pour l’heure aucune explication convaincante n’a émané du CEP à part dire que 40 partis ou entités politique ont fait alliance avec d’autres) sont en lice pour les élections prévus pour le 9 Aout prochain et pour lequel le budget n’est pas encore connu avec précision encore moins bouclé.

D’ici là prière à la population non atteinte par cette vague épidémiologique de « candidatite » plus connu sous le nom de « la folie de pouvoir », de préparer soigneusement sa tisane, son verre d’eau et un peu de « mayezi » parce que surprise il y en aura ; « saisissement », et déception aussi. En attendant surveiller vos différents moyens de communication, en cas l’un de vos amis souhaiter partager la grande nouvelle. Ce serait dommage de passer à coté de l’annonce du moment «  Au fait je suis candidat ! ».

Fersam Allifleur

Observatrice

Avril 2015

[1]

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