Justice Sociale de Bob Rousseau

Finalement : Un Livre Qui Propose des Solutions Pratiques Pour Résoudre les Problèmes d’Haïti

 

Dans son nouveau livre titré “Justice Sociale: Stratégies Pratiques pour l’Emancipation Individuelle et l’Autonomie Communale, Dr. Bobb Q Rousseau expose les vrais problèmes d’Haïti et propose des solutions pertinentes liées à la situation réelle de l’Haïtien et de sa commune.

 

Léogâne, Haïti – 20 Mars 2014: Justice Sociale: Stratégies Pratiques pour l’Emancipation Individuelle et L’Autonomie Communale est le premier livre haïtien qui à la fois expose les vrais problèmes d’Haïti et propose des antidotes viables qui réduiront l’écart économique entre les classes sociales et retireront les familles et les communes haitiennes dans cette dépendance gouvernementale leur empêchant d’échapper à leurs conditions courantes.

Justice Sociale: Stratégies Pratiques pour l’Emancipation Individuelle et L’Autonomie Communale propose d’être un guide  fonctionnel pour le gouvernement dans sa mission de constituer une nation haïtienne socialement juste, économiquement libre et politiquement indépendante, les Organisations Non-Gouvernementales exhibant les aides humanitaires et la Communauté Internationale dans leur souci de promouvoir le bien-être de la population. Il sera aussi un ouvrage de références pour la société civile et les étudiants en Sociologie, en Communication Communautaire et en Droit Administratif.

Justice Sociale: Stratégies Pratiques pour l’Emancipation Individuelle et L’Autonomie Communale de Dr. Bobb Q Rousseau sera la bible des politiciens qui sont sérieux pour devenir le chouchou des électeurs.

Pour plus d’informations concernant la publication, contactez les Editions Ruptures sur editionsruptures@gmail.com. Pour des arrangements de ventes de signatures, contactez Lou Delice sur loudelice@gmail.com.

Vertières

18 Novembre 1803 un jour mémorable pour tous les haïtiens

18 Novembre 1803– 18 Novembre 2013, 210 ans déjà mais on ne peut pas oublier ce jour mémorable ou une poignée de nègres artisanalement armés allait montrer la vraie signification des mots détermination et courage aux hommes de Rochambeau, général de l’expédition spéciale envoyée par le Grand Napoléon Bonaparte.

La persévérance de François Capois dit Capois la mort aux commandes de la demie brigade lourdement décimée lors des 4 assauts lancés pour prendre le fort de Vertières est, et doit être, un exemple de conduite pour tout haïtien qui se respecte.

Cette bataille qui marqua le tournant dans cette guerre d’indépendance vis à vis d’une tyrannie qui avait trop duré est une référence de notre capacité à VAINCRE si nous nous donnons les moyens, si nous nous mettons ENSEMBLE. Comme dit notre devise et parce que  « L’union fait la force ». Un petit groupe de nègres déterminés réussit à mettre en déroute une expédition de l’une des plus grandes armées de l’époque, une démonstration fascinante de la supériorité du cœur sur les moyens.

La bataille de Vertières c’est avant tout l’aboutissement un rêve partagé, un espoir nourri et un objectif commun, se débarrasser de ces barbares qui nous asservissaient. L’union contractée entre les noirs et les mulâtres a été décisive pour sceller cette victoire. Pas étonnant que des néo colonialistes se tuent à nous faire croire que deux haïtiens ne peuvent jamais faire route ensemble. Et c’est encore plus triste qu’on ait fini par adhérer à cette ineptie, et que la désunion soit notre arme d’autodestruction massive.  Quel dommage !

Notre devise est aujourd’hui encore « L’union fait la force ». Demandons-nous à quel moment on est devenu faible ? Pourquoi on l’est aujourd’hui encore? Notre faiblesse a pris naissance le jour où nous avons décidé de rêver séparément plutôt que d’avoir une vision de nation, et tous les jours où nous nous évertuons à promouvoir l’individualisme nous nous vidons de cette force qui nous a caractérisés sur la colline de Vertières non loin du Cap-Haïtien.

Vaillant enfants de Dahomey,  haïtiens, rassemblez vous ! Retrouvez la force qui vous caractérisait jadis. Relevez la tête avec fierté parce qu’une grande nation ne meure jamais. Granmoun yo di « nou se rozo, se pliye nou pliye nou pap kase ».Il est temps de prouver votre courage. Rassemblez-vous et luttez contre toutes les formes d’oppression qui vous asservissent comme vous avez lutté contre l’esclavage qui vous écrasait. Montrez que ce qui s’est passé sur les collines de Vertières, ce 18 Novembre 1803, n’était pas un hasard.

Fersam Allifleur

Enoncé du discours du recteur de l’UniveL lors de la cérémonie de présentation de l’Université au grand public

Me Jean Danton Léger, Honorable député de la circonscription de Léogâne

Monsieur le maire de la commune de Léogâne

Monsieur Josué César, vice-recteur aux affaires académiques de l’UniveL

Monsieur le vice-doyen à la Recherche de la Faculté des Sciences Economiques et Administratives de l’UniQ, le docteur Bénédique PAUL,

Messieurs et dames les représentants du secteur privé des communes de Léogâne, Gressier, Grand-Goâve et Petit-Goâve

Messieurs et dames les professionnels de la région des Palmes

Messieurs les Pasteurs de la commune de Léogâne

Messieurs les représentants des Organisations communautaires de Base de la Région des Palmes

Mesdames messieurs les représentants de la presse Léogânaise

Mesdames et messieurs du corps estudiantin de l’UniveL

Messieurs les membres du corps professoral de l’UniveL

Distingués membres du Conseil de direction de l’UniveL

Messieurs et dames les convives à cette cérémonie

Vous tous ici présents,

En prenant la parole aujourd’hui à titre de recteur de l’UniveL, je me fais porte parole de toute une génération qui croit que Léogâne et la région des Palmes doit se projeter vers de nouveaux horizons laissant de côté   la voie de l’archaïsme, de la facilité à outrance, de la paresse intellectuelle et de la passivité pour entrer définitivement  dans celle de l’innovation, de la pensée positive et agissante, de l’engagement citoyen  débouchant sur la modernité quête de toute société qui se respecte. Non, Léogâne et la Région des palmes ne doivent plus être considérées comme le terrain privilégié de la guerre contre la connaissance mais plutôt celui ou naîtront les idées nouvelles pour le changement d’Haïti.

Qu’il me soit permis de citer pour des raisons bien spéciales les noms de deux personnalités m’ayant personnellement marqué dans l’histoire de l’université en Haïti. Il s’agit du père Joseph Philippe Bonhomme et du diplomate Myrtho Bonhomme de regretté de mémoire.

La première personnalité, Joseph Philippe Bonhomme a eu l’audace de lancer la première Université de la Région des Palmes en 2004 dans les hauteurs de Fondwa 10e section communale de Léogâne. La 2e, le diplomate Myrtho Bonhomme en mémoire duquel je demande à l’assistance de se lever pour observer une minute de silence ………………………

Le diplomate  Myrtho du haut de ses juste 34 ans créa l’Académie Nationale, Diplomatique et Consulaire l’ANDC, une institution de référence dans le monde universitaire haïtien surtout en ce qui a trait à la diplomatie. Ces personnages nous ont marqué car ils font partie de ces gens qui d’une part ont compris que l’Université n’est pas l’affaire des Grandes villes, de la Capitale mais aussi celle des Provinces et des régions et qui d’autre part ont prouvé que l’Université en dépit du fait qu’elle exige de l’expérience n’est pas réservée exclusivement à la gérontocratie mais peut aussi être l’initiative des jeunes. L’UniveL s’inscrit dans la logique de ces 2 hommes. Une jeune génération de Léoganais qui croit qu’il est possible de créer une université en plein cœur de la Région des Palmes à Léogâne.

L’idée de créer une institution d’enseignement supérieur à Léogâne a commencé par germer depuis l’année 2004 quant, suite aux troubles politiques, plusieurs jeunes étudiants ont dû abandonner leurs études par peur d’être victimes de l’insécurité qui sévissait à Port-au-Prince la capitale et lieu de concentration des différents centres universitaires du pays. Cette situation venait alimenter les réflexions déjà en cours par rapport à la problématique de la non existence de centres universitaires dans la commune de Léogâne. En effet, les études des jeunes léoganais devraient s’arrêter au Bac II si les parents ne trouvaient pas les moyens pour les faire rentrer à Port-au-Prince. Il faut aussi mentionner les cas d’étudiants léoganais contraints d’abandonner leurs études à Port-au-Prince sous le poids des frais de transport quotidien avec la fatigue épuisante des longues heures de trafic en autobus sur la route de Carrefour qui va avec. Dans cette situation, ceux-là qui parviennent à boucler leurs études sont ceux qui ont pu trouver un logement à Port-au-Prince ou tout simplement des héros qui, malgré vents et marées, se décident à se frayer une voie là-même où cela paraît impossible.  Fort de cela, les fondateurs de l’Université de Léogâne (UniveL) regroupés d’abord au sein de l’Organisation Léogânaise pour le Développement Durable (OLD) ont démarré en 2004 avec les réflexions visant à installer cette institution. Cependant, les conditions intellectuelles et économiques n’étaient pas encore réunies pour leur permettre de concrétiser leurs rêves. Ils ont dû ajourner leurs ambitions. Cependant, il n’en demeure pas moins vrai pour autant de leur attachement à cette noble idée. Aux lendemains du tremblement de terre de 2010 ayant ravagé la commune de Léogâne, les réflexions sur la reconstruction de la commune donnaient lieux à des débats de diverses natures. A ce moment, l’idée de la création d’une institution d’enseignement supérieur dans la cité Anacaona a refait surface. A cette fin, les promoteurs de cette initiative pour cette fois réunis au sein de « l’Initiative des Fermiers Organisés pour le Développement Durable (IFOSUD), ont décidé de créer et de fait ont créé le 08 Août 2011 l’Université de Léogâne (UniveL) qui comprenait pour sa première année d’existence une seule faculté en l’occurrence la Faculté d’Agronomie et de Développement Local dénommée Institut Supérieur de Technologies Agricoles et de Développement Local (ISTADEL). Deux ans après sa création, constatant un besoin réel et une demande accrue pour d’autres disciplines dont les sciences infirmières et les Sciences Economiques et Administratives, le conseil de direction de l’UniveL  a jugé bon de créer deux autres facultés : la Faculté des Sciences Infirmières baptisée sous le nom de « Institut des Sciences Infirmières de Léogâne » (INSIL) et la Faculté des Sciences Economiques et Administratives. Telle est l’historique de cette université basée à Léogâne depuis le mois d’Août 2011 et regroupant en son sein 3 facultés : la Faculté des Sciences Infirmières  dénommée  Institut des Sciences Infirmières de Léogâne  (INSIL), la Faculté d’Agronomie et de Développement Local dénommée Institut Supérieur de Technologies Agricoles et de Développement Local (ISTADEL) et la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FSEG). 

En créant cette structure universitaire, nous voulons instaurer au niveau de la région des Palmes une institution de référence dans la formation supérieure, la recherche-action et le développement local durable, qui agira particulièrement dans les domaines de  l’agriculture, l’économie, la gestion et les sciences médicales. Ainsi, nous répondrons à notre noble mission d’Accompagner la population de Léogâne,  de la Région des Palmes et d’Haïti en participant dans la formation supérieure des jeunes, la recherche et la proposition de solutions aux problèmes rencontrés dans tous les secteurs touchant au développement notamment l’agriculture, l’économie, la gestion et les sciences médicales.

De manière plus précise , les objectifs poursuivis par UNIVEL sont les suivants:

1.-La formation supérieure des jeunes en agronomie, sciences infirmières, économie et gestion

2.– La recherche action dans la perspective d’exploration de champs non encore explorés et d’expliquer les phénomènes scientifiques inhérents à la réalité haïtienne

3.-La production d’idées et l’application des résultats des recherches dans les domaines ciblés par l’UNIVEL.

La cérémonie de cet après-midi est pour nous l’occasion de vous présenter ce projet ambitieux déjà en exécution. La route est longue et difficile, nous y arriverons quand même car nous avons la détermination et nous sommes suffisamment équipés pour poursuivre le chemin. Nous y arriverons car en dépit de tout, nous pouvons compter sur la confiance d’une bonne partie de cette population qui ne demande qu’à trouver une université de référence dans leur communauté. Nous y arriverons parce que vous tous ici présents, vous allez continuer à nous assister tout le long de l’existence de cette université. Nous y arriverons parce que le grand Dieu nous accompagnera tous les jours.

Comme dit le Crédo de l’UniveL « Le sacrifice de quelques-uns pour le bien-être de la collectivité », nous lançons un vibrant appel à vous tous afin de nous rejoindre dans le but de travailler ensemble pour le bien-être de la collectivité.

Mettons-nous donc ensemble pour aider notre communauté à avoir des lendemains meilleurs.

Je vous en remercie!!!

Maxene Desir

Baby’s Lourdes: la mariée, la folle…

Coup d’essai, coup de maître diraient ceux qui l’ont vu jouer l’année dernière la mariée folle dans cette représentation théâtrale. Cette année encore, dans le cadre de la deuxième édition de festikreyòl,  la prestation de Baby’s Lourdes SAINT FLEUR et ses autres complices pour la plupart membres du club de débat de Darbonne, a fait couler beaucoup d’encre. Au beau milieu de la ville de Léogâne, ce lundi 28 octobre 2013, elle a crée la panique. Passants, marchands, motocyclistes, curieux, tous l’ont suivi depuis le devant de l’église Sainte Rose de Lima en passant par le marché de Chatuley jusqu’à la rue la croix.

L’histoire est émouvante. Baby doit se marier avec Johny (Alfred) qui ne met pas les pieds à l’église. Et le déclic. Avec sa robe de mariée, les pieds nus, et folle de rage, elle décide de parcourir les rues de la ville à la recherche de celui qu’elle veut épouser à tout pris. Elle est poursuivie par tout son cortège, porteur d’anneau, marraine, parrain et filles d’honneur.

Les passants/ acteurs sans le savoir, ne veulent pas croire que c’est du théâtre.  M tap manje nèg sa, m pa tap kite yon jenn gason pase pitit mwen nan betiz profère l’un d’entr’eux. Se fanm yogann ou ye , mete senti nan ren w pitit ajoute une marchande qui laisse sa barque tout en l’embrassant dans ses bras comme pour la consoler. Et pourtant d’autres  l’injurient : Se bon pou ou, nou fout twò renmen maryaj.

Baby’s Lourdes joue avec art. Sa transe, l’expression de son visage prouve qu’elle a du talent. Elle joue la mariée folle, folle dans toute sa manière, folle d’être la risée de la société. Folle de perdre son amant parti retrouvé une autre fille. Un rôle qu’elle a su interpréter avec dextérité.

Agée de 20 ans, Babys Lourdes est la dernière d’une famille de sept enfants. Elle est étudiante en comptabilité et fait partie du club de débat de Darbonne, projet piloté par la Focal. Elle est très dynamique. Elle assure parfois en cas d’absence des animateurs, le rôle d’animatrice lors des rencontres hebdomadaires.

Toute petite, elle connaissait déjà la scène. Issue de la section des enfants du centre socio culturelle Rasin Lespwa, elle déclamait des petits textes de poésie, et jouait la petite sentaniz lors des spectacles réalisées  pour célébrer de la journée internationale des droits de l’enfant. Elle a aussi pris part à l’atelier organisé par le projet initiatives jeunes en 2011 autour du thème : Le débat se fait théâtre

Max Grégory SAINT FLEUR

Un prix de poésie en Martinique pour l’auteur de Tan Lapli

La créativité n’a pas de frontières. Max Grégory SAINT FLEUR le prouve fort bien à travers sa poésie. Après la vente signature de son premier recueil de poésie titrée TAN LAPLI paru lors de la première édition de FestiKreyòl organisé par RASIN LESPWA et son passage très remarqué à la 19e édition de la plus grande manifestation culturelle et littéraire réalisée autour du livre en Haïti (livre en folie), ce jeune prodige léoganais continue à faire parler de lui.

Avec son texte titré Woulman Vag, il vient d’être figuré parmi les heureux gagnants du concours de poésie en langue créole des pays de la Caraïbe (Kalbas Lò Lakarayib)pour les pays comme Haïti, Guadeloupe, Dominique, Martinique, Sainte-Lucie, Guyane et de l’Océan indien (Seychelles, Maurice, Réunion).

Kalbas Lò Lakarayib (KL2) est un concours de poésie réalisé tous les deux ans en hommage au regretté ecrvain martiniquais Gilbert Gratiant et ouvert à tous les créolophones de la Caraïbe, qu’ils – elles soient natif-natal, d’option ou d’adoption ; qu’ils – elles résident dans la Caraïbe ou dans le pays de leur immigration.

Max n’est pas à son premier coup d’essai. Il a déjà à son compte plusieurs prix comme celui de radio Belval FM (Nwèl Kanmenn), radio Cool FM (Au nom de l’amour) et TSAR CLOWN (La perle noire brisée). A la quatrième de couverture de son recueil on peut lire : « Kòm powèt li pran plezi l rafle epi ranpòte lamayòl nan anpil konkou li patisipe. Li jwe ak plim li pou l bay mo koulè, pou l bay pwezi gou lapli. ». Avec ce prix, ce jeune animateur culturel au centre socioculturel Rasin Lespwa de Darbonne  ne fait que confirmer son talent.

En Martinique, l’auteur sera reçu et hébergé à l’hôtel l’Impératrice de Fort de France dès ce 5 novembre 2013 avant de participer à la soirée de la remise des trophées (Kalbas Lò 1, Kalbas Lò 2, Kalbas Lò 3) prévue pour le mercredi 6 novembre à l’Atrium.

 

Centre Socio Culturel Rasin Lespwa

Haïti-Débat : Qui dira halte à l’obscurantisme ?

Par Lyonel Trouillot

Etant résolument athée, les religions ne me dérangent pas. Il me suffit qu’elles opèrent dans la sphère privée. Je parviens même à oublier que les deux raisons majeures pour lesquelles les humains se sont tués sont les territoires et les croyances religieuses. Je pourrais donc vivre en paix avec toutes les croyances, comprenant le besoin d’expliquer le réel par des raisons extérieures à lui-même qui existe depuis toujours et ne semble guère sur le point de disparaître.

Ce n’est pas la religion qui me dérange, c’est l’infestation de la sphère publique par le religieux, et la folie agressive et obscurantiste qui prend ses aises, menace, sévit, a déjà tué, et tuera encore, si l’Etat et la société civile ne la mettent sous contrôle. Par infestation de la sphère publique par le religieux, j’entends la nuisance sonore que certains cultes s’arrogent le droit d’exercer en toute impunité, à n’importe quelle heure, dans n’importe quel lieu.

Dans le voisinage de deux facultés d’Etat et de nombreux établissements scolaires, dans la zone de l’avenue Christophe, il y a un lieu de culte avec des hauts-parleurs installés dans la rue qui trouble sans cesse le fonctionnement de ces institutions d’enseignement. Il n’y a donc dans ce pays ni ministère des Cultes, ni ministère de l’Education nationale, ni ministère de la Santé. Dans un tap tap une jeune femme est agressée verbalement par deux passagers qui estiment que sa façon de s’habiller est la preuve qu’elle ne sait pas que Jésus l’aime.

Dans un service public, le fonctionnaire impose la prière aux subalternes, comme le surveillant de salle impose la prière avant de permettre aux candidats à un examen d’Etat de pouvoir se pencher sur leurs copies. On a même entendu des parlementaires, à l’occasion d’une récente manifestation organisée contre les droits des homosexuels, soutenir un discours dans lequel il était question de « brûler le parlement » si passait telle ou telle loi.

Et ce dernier exemple illustre la folie agressive et obscurantiste qui a déjà tué et qui tuera encore, si l’Etat et la société civile ne prennent les mesures qui s’imposent. Etre pour ou contre le mariage homosexuel, cela peut se comprendre, et on ne peut pas reprocher à quelqu’un de s’opposer à un projet de loi… qui n’existe même pas. Mais « brûler le parlement » ! Agresser physiquement des citoyens !

Dans d’autres cas, détruire des artefacts, saccager des lieux de mémoire ! Et le discours ! Entendu de chez moi venant du temple voisin : « Yon fi ki gen yon lespri vant fè mal, (en ces temps de choléra, merci MINUSTAH), li vini nan legliz la, lespri vant fè mal soti sou li ». « Batay la se yon batay spirituèl men se yon batay fizik tou. Mete dife sou yo ». Quel est donc ce « yo » ? Yon fanm nwa (comment pourrait-elle être blanche ?) ki rele Ezuli ». Si un homme trompe sa femme, c’est la faute à Damballa ». « Si un enfant ne veut pas apprendre à l’école, c’est la faute à Legba». Quand on sait que, dans le vodou, les esprits se manifestent dans le corps des humains, comment interpréter les « Jezi biw ! », « wòch ! » A côté de la grossièreté du sang de Jésus transformé en bombe insecticide, il y a le fait que les insectes ainsi menacés sont des humains. Et les pierres, elles, sont bien réelles.

Et ce qu’il y a d’effrayant dans ce discours, c’est qu’il est formaté. Il y a un ensemble de pasteurs qui tiennent exactement le même. Les « biw » et « wòch ». Ils l’ont donc appris. De qui ? Qui les forme ? est-il acceptable que des pasteurs d’un culte attaquent systématiquement un autre et prononcent des menaces contre ses adeptes ? Tous les pasteurs des cultes réformés sont-ils solidaires de ce type de discours ? S’ils ne le sont pas, pourquoi n’élèvent-ils pas la voix contre ces dérives obscurantistes et assassines ? Pourquoi un Exécutif qui voit des complots partout ne prend-il pas des mesures simples pour protéger les droits des citoyens : limitation des nuisances, rappel des normes républicaines… ?

Personne ne peut se laisser agresser éternellement. (Les chrétiens en savent d’ailleurs quelque chose !). Nous nous installons dans une situation qui frise déjà l’intenable. Et des injures vont répondre aux injures, des menaces aux menaces. La responsabilité de l’Etat, d’abord, celle des responsables des cultes réformés ensuite, et enfin celle de la société civile, sont grandes.

Eske ou moun, nan non Jezi, gen dwa di l ap boule plamnan an si yo vote tèl lwa ? eske yon moun, nan non Jezi, gen dwa anpeche lekòl travay, sitwayen viv lakay yo ? Eske yon moun, nan non Jezi, gen dwa lage sou kont yon lòt relijyon tout malè ki rive yon peyi ? Eske yon moun, nan non Jezi, gen dwa di l ap bat yon timoun jouk li kase bra l si le refize al legliz ? Eske yon moun, nan non Jezi, gen dwa di lwa repiblik la se bagay ki gade repiblik la, li menm sèl lwa li konnen se lwa relijyon li an ?

Je sais que certains fous de Dieu répondront oui. Mais j’ai trop de respect pour les croyances religieuses, justement parce que j’en embrasse aucune, pour croire que les idées chrétiennes soient aussi mal représentées. N’est-il pas temps que les pasteurs humanistes de chez nous, nous sauvent, sauvent leurs cultes et l’humanisme chrétien de la folie obscurantiste de quelques uns des leurs ?

Lyonel Trouillot

© Radio Kiskeya S.A. & Kiskeya International Inc.

Malédiction !

Maudite éducation de Gary Victor scandalise. Le roman peint l’horreur d’une vie qui déambule au fil des pages dans les allées sombres du sinistre.

Un adolescent, lors de ses premières rencontres avec la littérature, dans la petite bibliothèque de son père, se laisse aller à une séance de masturbation, qui va d’ailleurs se répéter tellement qu’il va être surpris en plein jour par son père sur le parquet de la maison en train de jouer au « Dieu seul me voit ». Les séances de masturbation entraînent des troubles physiques et mentaux et débouchent plus tard sur des descentes au bord de mer, où le narrateur, un aspirant écrivain et plus tard journaliste connu du plus grand quotidien de la capitale, calme les feux qui le consument en se laissant entraîner dans les sous-bois par les « laissés-pour-compte de la ville ». L’obsession sexuelle Dans ce roman, écrit à la première personne, le narrateur met à nu ses tares, ses obsessions, mais aussi ses aspirations littéraires. L’obsession sexuelle habite le clair de l’histoire et ne s’estompera que grâce à l’amour, bien qu’interdit, pour une femme, Coeur Qui Saigne. Gary Victor ne laisse rien à deviner. Tout est à découvert dans ce roman qui prend parfois l’allure d’une autobiographie, surtout si on connaît le parcours de ce romancier prolifique qui a grandi à travers les histoires insolites qu’il publiait jadis dans les pages du Nouvelliste. Mais bien sûr, on ne va pas prendre pour parole d’évangile ce qu’un écrivain à l’imagination vertigineuse expose dans un roman. D’ailleurs qui peut, à coup sûr, décanter l’irréel du réel dans cette histoire truffée de fantasmagories? Les faits historiques, certes, sont là pour créer un contexte réaliste, mais les caractères répondent à une surréalité qui n’est pas trop différente du quotidien haïtien, où tout acte, tout décès, toute maladie fait l’objet d’une interprétation ésotérique, mystique, surnaturelle. Ligne entre le réel et l’irréel Quand les faits peinent à subjuguer, les rêves prennent la relève, en particulier ceux du malfini, figure phobique et itérative qui donne au narrateur son premier texte littéraire et qui, plus tard, va peupler les rêves qui suivent les moments les plus ténébreux de son idylle avec Coeur Qui Saigne. Les lignes de démarcation entre le réel et l’irréel sont aussi bousculées par les histoires insolites, éparpillées ici et là dans le roman, donnant voix aux femmes du bord de mer. Ces courts récits, dont la prose agile traverse le roman comme des étoiles filantes, renforcent le climat ésotérique du livre. Ces histoires parlent d’une femme fatale qui réapparait dix années après s’être jetée dans une mer grouillante de requins, d’un homme dont le sexe-couleuvre éventre sa jeune épouse pendant la nuit des noces, et d’une nonne qui hante les terrains vagues en quête d’hommes pour assouvir son désir de sexe. D’ailleurs, c’est de l’une des femmes du bord de mer que proviennent ces lignes qui résument bien l’atmosphère du livre: « Parfois il vaut mieux qu’on ne sache pas où finit le rêve et où commence la réalité, si on veut marcher tête droite sur la terre bénie. » Le jeu des relations «Maudite éducation» peint aussi le jeu des relations entre le narrateur et ses parents, les femmes et ce pays dont il n’est pas fier. Toutes ces relations orientent le fil de son développement d’homme et d’écrivain. Celles avec son père, qui fut pour lui un guide, introduit chez lui l’importance de la lecture sélective. Et, c’est le décès de ce père,qui est à la fois soucieux des pulsions suspectes de son fils et fier de son potentiel d’écrivain, qui va accoucher ce refrain élégiaque, « trois cent trente-trois mètres…du bureau du chef de l’Etat »,dont la réverbération persiste tout au long du livre. On peut entendre le narrateur, la voix transformée par la colère, crier aux yeux vides qui le regardent mesurer de ses pas la distance entre la salle d’urgence de l’hôpital général, où mourut son père, et l’emplacement du bureau du président Eternel : « [Mon père] était mort parce que, dans cet hôpital dit d’Etat, où la population était censée recevoir des soins adéquats, il n’existe même pas un service d’urgence fonctionnel. » (Page 69). Les années formatrices Les femmes, elles, peuplaient les longues années formatrices de l’écrivain, tantôt comme ancre de sécurité (tel est le cas de sa mère) tantôt comme soupape pour ses pulsions sexuelles, tel est le cas des femmes de Nan Palmis. Cependant, la relation dominante du narrateur est celle avec Coeur Qui Saigne, sa partenaire d’un jeu de correspondances. Cette fille « au corps mince de princesse taïno » va causer au narrateur sa première agonie d’amoureux, le jour même de leur rencontre, et disparaître. Elle va réapparaître dix ans plus tard, dans une « cérémonie de chanpwèl », à laquelle participait le narrateur. Encore captivé par le « visage aux traits parfaits, moulé dans le cuivre le plus pur» de Coeur Qui Saigne, il fut rebasculé dans les flots tumultueux d’un amour rendu encore plus incertain par des promesses d’outre-tombe. Quant au pays, avec son marasme économique et ses frustrations politiques, il gît là comme toile de fond sombre et déprimante, omniprésent dans le parcours des différents protagonistes du livre. Certains, tel le père du narrateur, optent pour le silence et la complaisance face au régime de terreur du président Eternel,« pour se ménager un espace de sécurité »; d’autres, tel le poète « original » Gaston Paisible, se noient dans un détachement de la réalité et un reniement de la décence et de la moralité. Son secret, divulgué au narrateur lors d’une séance de critique de texte, traduit bien cet état d’esprit qui a permis à plus d’un de survivre à ces années de terreur et même d’en profiter: le président Eternel, qu’on dit être aussi méchant, aussi inhumain — rappelle-toi qu’il a fait fusiller sans sourcilier dix-neuf officiers —, n’est que le miroir qui reflète la bêtise, la violence, le mépris de la personne humaine qu’on cultive tant dans notre société. Il est la quintessence de ce que, malheureusement, nous sommes, notre être véritable, notre pur produit. »(Page 67) Tout est maudit dans ce livre, non seulement l’éducation du narrateur, mais aussi l’amour, la vie, le pays. Tout est à l’envers et semble voué à l’échec. Le père même du narrateur n’avait qu’un seul regret, celui de ne pas l’avoir envoyé vivre à l’étranger. L’histoire se situe dans les années 80 et 90 ; malheureusement, vingt à trente ans plus tard, nos jeunes continuent de rêver de quitter le pays, le commerce sexuel bat encore son plein dans les rues sombres de nos villes, nos dirigeants persistent dans la poursuite de la pérennisation du pouvoir, et nos hôpitaux — y compris l’hôpital général —continuent de fonctionner sans service d’urgence adéquat. N’est-on pas encore sous le coup de la malédiction ?
 
 
Mario Malivert, né à Port-au-Prince, Haïti, a publié quatre recueils de poèmes, dont La tête chauve des mornes, Ed. Le chasseur abstrait, sorti en 2011. Ses écrits ont aussi paru dans différents magazines, dont Tanbou, Conjonction, The Cartier Street Review, The CaribbeanWriter, Le Nouvelliste, et sur le blog deferlement-de-mots.blogspot.com. Il vit actuellement en Haïti, où il partage son temps entre la médecine et la littérature.

« Les Fous de Saint-Antoine »

Rachel Vorbe

Lyonel Trouillot est « Yanvalou pour Charlie », « Thérèse en mille morceaux », « La Belle amour humaine ». Mais avant tout il était « Les fous de Saint-Antoine ». Ce roman est l’une de ses premières oeuvres parue en 1989.
Sans raison particulière, en l’acquérant, me vint à l’esprit, l’oeuvre de Victor Hugo « Notre-Dame de Paris ». Pourtant, que ce soit dans le choix du titre ou dans la peinture de couverture, rien ne semblait porter sur un parallèle. Quelque chose évoquait pour moi une quelconque similitude, et ce, avant même la lecture du roman. L’histoire se déroule dans les années 70, dans les bas-fonds de Saint-Antoine, quartier populeux de Port-au-Prince où les habitants côtoient la misère avec une désinvolture frisant l’insensibilité. La mort, réalité courante, est reléguée à son plus bas niveau, la rendant presque « des-humaine ». D’ailleurs, autour d’elle se règlent toutes les questions : surnaturelles, mesquineries humaines, rapines, dérision, pour laisser place à la fatalité de la misère et de la pauvreté. Saint-Antoine, est alors une scène théâtrale où les personnages burlesques, les descriptions pittoresques, les situations réalistes prennent une ampleur utopique, ô combien réelle. Ainsi, pour Dominique et Antoine, Saint-Antoine est le lieu secret qui abrite leur amour interdit. Dominique habite à Pacot et se dévoue pour aider les bonnes soeurs de Saint-Antoine à alphabétiser les résidents. Pourtant, Dominique sait qu’Antoine n’est pas de son milieu. Malgré tout, cet amour illicite a un goût d’aventure bravant ainsi les conventions sociales et familiales « Les fous de Saint-Antoine » est un triptyque de nouvelles qui s’articule entre elles. Dans un premier temps, « Saint-Antoine » fait place à la vie qui grouille au sein du quartier, où grandit Antoine qui « à l’image de son saint patron, laissait courir le temps, [et le] retrouvait demain à la même place, et [où] il se sentait cloué. Dans un second temps, « Dominique », « Dominique des chansons pieuses, Dominique des beaux quartiers », occupe le devant de la scène pour exposer une certaine hypocrisie noyée dans son éducation ; et enfin« L’envol » qui retrace le parcours de Caca Clairin, ancien guide pour touriste devenu alcoolique, « caravacheur désargenté »et désoeuvré pour qui « l’office du tourisme n’était pas capable de payer un rat à un chat… »qui n’a pas « cinq gourdes, donc pas un dollar américain; donc pas une tête de hareng ni trois tranches de pain […] donc pas de Carmencita, pas de mulâtresse dominicaine… » Cependant, si « L’envol » clôture les derniers chapitres du livre, c’est avec une intensité et une force dans les mots, que Trouillot décrit cette déchéance qui guette les chômeurs, les oisifs « qui les perd à force de chercher à comprendre tandis qu'[ils] s’enlisent dans [leur] merde…. »Saint-Antoine, quartier de l’illusion, des rêves déchus, des passions dévorantes et de la misère avilissante et dés-humaine. C’est là, dans la description du quartier de Saint-Antoine que le parallèle entre Hugo et Trouillot saute aux yeux. Comme la Cour des Miracles, Saint-Antoine recueille les déchus, les indigents, les pouilleux, les miséreux et les culs-terreux ; il a son Esmeralda, son Quasimodo et ses fous. La Révolution, en place, dans le roman, y trouve ses martyrs et ses victimes tombent sans défense. Saint-Antoine, malgré tout, était « immobile ». La comparaison avec la Cour des Miracles est frappante dans la description de la vie à Saint-Antoine, et l’influence d’Hugo y est présente. Aussi, que ce soit pour auréoler un des personnages du livre du tempérament impétueux et brave de Gavroche (1) ou pour le plaisir de le faire participer au déroulement de la vie politique de tous les jours du président de la république « à qui tout appartient, hormis les vents (2)», cet auteur du XIXe siècle, occupe une place de choix dans l’écrit de Trouillot. Dans « Les fous de Saint-Antoine », plusieurs allusions et messages distillés au gré de la lecture, forcent un questionnement sur l’origine de cette déchéance que vit au jour le jour Haïti. Déjà, les problèmes économiques et sociaux qui guettaient explosent pour laisser place à une réalité que l’auteur met à nu et qui est encore, aujourd’hui, celle que nous vivons. Dans cette oeuvre de Lyonel Trouillot, on découvre une musicalité des mots où la poésie qui se dégage des descriptions confère à l’oeuvre une grande valeur littéraire. La lecture est légère, empreinte d’une réalité proprement haïtienne rythmée par un langage saccadé où chaque description tient à la fois le rôle du dialogue, du monologue ou d’une introspection. La répétition des expressions au début de certains paragraphes renforce les images pittoresques que veut mettre en évidence l’auteur. Même si on retrouve, comme chez pratiquement tous les auteurs francophones, cet alliage de la langue d’expression littéraire et celle des expressions du terroir, le roman de LyonelTrouillot, « Les fous de Saint-Antoine » offre la vision « d’un bal interrompu, gâté, tout au haut du quartier de Saint-Antoine ,, […] là où vivent les restes de quelques grandes familles têtues ou déclassées, […] mais où tout se sait et où l’on apprend mille petits secrets, signes d’amour et de haine, de joie et de souffrance, de paix et de violence.»Et si « Les Fous de Saint-Antoine » « ce n’était que ça la vie, le désir, les souvenirs, Dieu, le travail, la liberté ? »
 
Rachel Vorbe
 
1. Gavroche, personnage héroïque de l’oeuvre de Victor Hugo, « Les Misérables ». 2. Les fous de Saint-Antoine, LyonelTrouillot, 2013, Ed. (3 Groupe, p.132 l.12

Koze Lakay

Yon resi an detay san okenn tripotay

En lisant le titre, je n’étais pas très intéressée. Je me disais « m sot lakay tou, m konn koze sa yo ». C’était sans savoir la grandeur du talent de Gérald Toussaint. Avec un style très parfumé, il a su agencer les mots qu’on connaît pour produire une œuvre de grande classe qu’on prend plaisir à découvrir. Il faut du courage pour fermer Koze Lakay avant la dernière page.

Tout enfant qui se respecte saura reconnaître la profondeur du chapitre « Manman mwen » mais c’est dans la section « Mèt Gerald » qu’il plaça sa maman, et toutes les mères dévouées du pays comme Filiz, au paroxysme de leur gloire. Mr Toussaint produit un hymne à la vaillance, au courage et au dévouement que tous ceux qui comme lui doivent leur réussite aux sacrifices d’hommes et de femmes, seront fiers de chanter. Un clin d’œil à toutes ses mères qui ont su protéger leur enfant de la vie, de la déception et les rendre quelqu’un de digne et de responsable.

Je suis de Léogâne, et Dieu seul sait combien j’aime cette ville. La description de Mr Toussaint aka Mèt GT est tout simplement somptueuse. En quelques pages, et avec art, il a su faire l’histoire et la littérature de notre chère commune. Dans la liste des « Grands Noms » de la ville, il est lieu d’ajouter celui de G.T et tous ceux qui comme lui a formé tant de jeunes. Rendons hommage à ces vétérans qui ont permis à tant de jeunes de goûter aux joies de la victoire et de la réussite.

On dit souvent la vie et ses travers. Koze Lakay décrit la vie, celle d’un homme, et par ricochet celle d’une ville et d’un pays. C’est pourquoi, il fait le tour de nos maux de société : la misère, le sida, les problèmes politiques, l’exile, la migration et la tragédie du 12 janvier 2010. Mais Koze Lakay est un livre positif qui nous pousse à regarder en arrière et trier ce que nous ne voulons pas perdre afin de les préserver comme la culture, notamment le Rara de Léogâne, la combativité de ce peuple, le courage de ces hommes et femmes qui luttent tous les jours pour voir un lendemain meilleur.

Koze Lakay chante aussi l’amour, il dépeint la souffrance de l’arrachement, les peines de la discrimination. L’ouvrage applaudit l’amitié sincère dans sa vigueur et sa faiblesse. Il décrit sans détour le parcours d’un homme qui n’a jamais cessé de partager et qui en dépit des évolutions et les changements continue d’enseigner à sa façon à la génération future la route qui mène à la réussite. Les connaisseurs identifieront l’empreinte de la pédagogie d’un maître, celle de Mèt GT.

Que vous soyez lecteur occasionnel ou aguerris, que vous ayez la lecture en horreur, vous pouvez sans crainte tenter l’aventure de Koze Lakay car dans ses pages vous trouverez un brin de votre propre histoire.

Koze Lakay est une histoire complète qui finit trop vite. Espérant que Mr Toussaint continuera à nous régaler de sa belle plume. En attendant, pressez vous de découvrir ce récit qui retrace en détail tout nos petits Koze Lakay.

 

Marie Antoine Alliance

Economiste du développement

Lectrice

Léogâne : des richesses insoupçonnées.

 

« Léogâne est une ville trop riche pour être pauvre ». 

Tous ceux qui ont eu la chance de découvrir la commune de Léogâne dans ses moindres recoins ont du se plaindre comme moi, comme tant d’autres que « Léogâne est une ville trop riche pour être pauvre ». Que les plus zélés ne s’offusquent pas avant de prendre le temps d’analyser les raisons de ce gémissement.

La commune de Léogâne n’est, certes, pas la plus démunie du pays mais force est de constater qu’elle soit loin du rayonnement qu’elle aurait dû avoir. Qui n’a pas rêvé d’une ville différente quand il veut faire un tour au marché après un jour de pluie? Qui n’est pas offensé de savoir que la quasi-totalité de cette ville historique n’a que le soleil pour éclairage public ? Je passerai à pieds joints sur les zones dépourvues d’électricité, le chômage structurel, la fracture sociale et bien d’autres problèmes nationaux qui touchent Léogâne de plein fouet.

Rassurez-vous, malgré ces questions c’est une toute autre histoire que je souhaite aborder, un élément trop souvent oublié, un facteur trop longtemps ignoré mais également une force tranquille, une puissance extraordinaire qui ne demande qu’à être exploitée, sa richesse. La ville dispose de plusieurs atouts qu’il convient de souligner. Cette semaine on va mettre en valeur sa « jeunesse consciente ».

Richesse 1 : Une jeunesse consciente

La vague de migration des années 70 et 80 a favorisé des regroupements familiaux dans les années 90 et 2000 qui ont permis à de nombreux jeunes de rentrer dans l’élite intellectuelle de plusieurs pays occidentaux. Des coopérations Sud-Sud ont ouvert la voie de nombreuses universités à des jeunes léogânais. Enfin, la génération d’étudiants haïtiens en République Dominicaine voisine n’a cessé de grossir.

Aujourd’hui plus que jamais Léogâne dispose d’une réserve de jeunes hautement qualifiés, formés localement, régionalement ou dans les plus grandes universités du monde. Qu’est ce qui différencie ces jeunes des milliers d’autres avant eux ? En quoi est-ce une richesse ?

La réponse est simple : leur conscience. A la différence des générations précédentes, et sûrement conscientisées par la visibilité que le 12 janvier 2010 a apportée sur la dégradation de la ville, ces jeunes semblent être enfin décidés à contribuer. En tout cas, la jeunesse léogânaise a fini par réaliser que le changement ne peut venir que d’elle.

Les jeunes sur place sont de plus en plus motivés à agir. De nombreuses initiatives sérieuses ont vu le jour. Même si pour l’instant certaines peinent à se mettre en place par manque de moyens ou n’ont pas encore produit leurs résultats, les idées sont de plus en plus affinées, de plus en plus matures. La ville est sur le point de renaitre parce que la jeunesse, son cœur, s’est décidée à emboiter le pas. Et en dépit de toutes les contraintes qui peuvent décourager un jeune ayant déjà quitté Haïti à prendre la décision de le choisir comme environnement de travail à plein temps, nombres de nos jeunes sont en train de mettre en jeu leur temps libre, leurs compétences, leur ressources, et pour les plus téméraires, leur sécurité pour donner à cette ville ce qu’elle a toujours mérité d’avoir : l’éclat. Un éclat à l’image de son ancienne reine, Anacaona.

Le réveil est amorcé

L’année 2012 aura finalement été une bonne année.

  • On dit que les sports unissent les peuples. En décrochant le titre Valencia a donné le ton, hissant au passage une ville entière sur la plus haute marche du podium après 40 ans (1972-2012) de travail.
  • La ville a enfin une centrale électrique. On espère que ça va donner une bouffée d’air frais aux entreprises en leur permettant d’améliorer leur productivité. Quand on sait que la pénurie d’énergie est l’un des plus grands obstacles à la croissance économique.
  • Les jeunes de Rasin Lespwa ont frappé très fort avec la première édition de Festikreyol. Darbonne, et Léogâne en général, a été subjuguée par la dimension des talents de ces artistes qui ont ébloui la ville avec leur théâtre de rue, leur spectacle et d’autres activités enrichissantes.
  • Des projets intéressants portés par des jeunes de la cité sont en cours de planification ou sur le point d’être lancé. Des rencontres un peu partout dans le monde, des groupes de diffusion sur les réseaux sociaux etc.

La dynamique est lancée

Le silence qui caractérisait la population léogânaise est en train de se briser. La résignation qui nous assujettissait est sur le point de se renverser. L’individualisme qui tuait dans l’œuf nos rêves en tant que groupe laissera bientôt place à une prise de conscience massive. L’heure est venue pour que les enfants de cette riche terre puissent redorer la couronne d’Anacaona en mettant leur lumière à disposition pour créer le faisceau qui fera briller de mille feux cet héritage ancestral.

La jeunesse est consciente que la situation est urgente. L’heure du changement a sonné. Cette jeunesse consciente ne peut être ignorée, ni gaspillée.

Marie A. Alliance