Tropicana d’Haïti: 50 ans d’exemple

Tropicana d’Haïti: 50 ans d’exemple

15 Aout 1963 – 15 Aout 2013

 Comme tous les jeunes de ma génération je ne connais pas les débuts de Tropicana d’Haïti, mais comme tout haïtien je suis fière de parler de Tropicana d’Haïti, la référence dans la musique haïtienne. Autant aimer danser ce groupe parce que Tropicana fait danser tout le monde. Comme en témoigne la blague sur l’interprétation du titre « Kenbe diyite w » sur le fantôme d’une femme qui dansait Tropicana « mwen gen lontan mwen pa danse nan bal kretyen vivan, peze’m non peze’m non peze’m vivan ». Comment ne pas danser sur la mélodie de « Notre faute ». Et que dire de ces paroles « Cette soif si ardente, il faut jouer de tendresse pour l’apaiser. Et comme t’es magique tu m’as hanté l’esprit et j’ai osé » ou encore «  yon rich malonèt pi pòv ke yon pòv onèt ». J’aime beaucoup « Ti Joslin ».

Cet article se veut le porte-voix de nombre d’Haïtiens qui souhaitent saluer de vive voix 50 ans de bonheur et l’abnégation de plusieurs générations de musiciens qui en dépit des contraintes ont su dépasser leur différence pour conduire avec succès le compas sur les tropique d’Haïti. Tropicana d’Haïti, un groupe, mais aussi une histoire. Bien que ce ne fût pas facile, aujourd’hui le groupe fête son mariage d’or avec le peuple haïtien.

Je n’ai jamais été au traditionnel bal du 29 Août de Léogâne, ni ailleurs mais je veux au nom de tous les haïtiens qui se respectent et reconnaissent la grandeur vous remercier de votre générosité, d’avoir porté haut et loin l’étendard de la culture haïtienne. A tous les fervents fanatiques, je dis bonne fête. Je voudrais vous souhaiter des décennies de vie et de bonheur. Que votre musique puisse bercer pendant longtemps encore les générations actuelles et que les générations futures puissent danser, chanter, rêver et s’inspirer de vos textes profonds.

A tous les haïtiens qui ont beaucoup de raison de croire que deux haïtiens ne puissent se mettre ensembles pour réaliser quelque chose, je voudrais vous inviter à regarder l’exemple de Tropicana qui en 50 ans a su refaire l’histoire. L’union fait la force, et 50 ans d’unité donnent une œuvre grandiose. Cet anniversaire n’est pas seulement une fierté d’avoir fait danser des générations, mais c’est une victoire sur les idéologies, un exemple fort sur les pouvoirs de l’unité. Tropicana d’Haïti a su préserver l’unité, faisant passer les intérêts du groupe et du public avant les intérêts des membres distincts qui le compose.

Aucune plaque, aucune médaille ne saurait honorer autant de service rendu à la nation. C’est pourquoi, nous nous devons, chaque haïtien sans distinction, de saluer ce succès en perpétuant cette tradition. Que les groupes de la nouvelle génération qui se modifient et s’autodétruisent au gré des envies puissent regarder la route tracée par Tropicana et s’en inspirer. Que les formations qui ont réussi à devenir adulte puissent prendre note (une formation que j’apprécie beaucoup a fêté ses 18 ans en décembre dernier). Que nos dirigeants qui font des choix de court terme puisse regarder la plus grande formation de compas du pays et penser à la durabilité. Aux jeunes qui peinent à démarrer, souvenez-vous qu’il fut un temps on les appelait « Twapyekana », accrochez-vous et continuer à travailler, dans 50 ans comme Tropicana vous ferez sûrement rêvez tout un peuple.

Pour ces 50 ans d’exemples, pour toutes les moqueries que vous aviez eu à supporter, pour tous ces maux que vous aviez su consoler avec vos mots bien disposés, pour la fierté que vous apportez à tout un pays, pour avoir fait danser toutes ces générations, MERCI TROPICANA D’HAITI ! Puissiez-vous continuer à vous mettre avec nous pour apaiser cette soif si ardente, soif d’unité, soif de fierté et soif de réalisations. 15 Août 1963 – 15 Août 2013 50 ans ! Longue vie Tropicana et merci pour tout.

 

Mezanmi m pa ka di mwen se yon fanatik, menm fyè anpil pou aplodi Tropicana d’Haïti jodi a.

Marie A. Alliance

Michel Martelly, sans son costume de président

Il faut se trouver une place pour garer son véhicule. Il est déjà 8h 47. A l’entrée, de charmantes jeunes filles, sourire ravageur, regard accrocheur, accueillent les participants au gala, avant de passer sous le détecteur de métal. Une fois franchi l’appareil détecteur de métal, une demoiselle, les hanches plantées sur des talons, s’adresse à moi : « Monsieur, vous avez droit à une photo souvenir. » Etant seul, je ne trouve pas trop intéressant de poser pour le photographe. Cette photo, elle serait tout de suite imprimée avec le logo des 25 ans du Sweet Micky avant de m’être remise. Dans la salle d’attente, ils sont pour la plupart des ministres, des directeurs généraux, des cadres de la fonction publique, des membres d’organisations internationales, des entrepreneurs, des amis et des proches du chef de l’Etat, formant des groupuscules. Les artistes ne sauraient ne pas être présents. Un homme, en costume (comme fut le protocole), porte un bonnet. C’est notre Black Alex national. Les frères Martino, Michael Guirand et Richard Cavé de Carimi, Ti Joe Zenny de Kreyòl La, – pour ne citer que ceux-là -, des artistes qui tirent à boulets rouges durant les carnavals sont en tête-à-tête, à côté des tables très bien garnies. On rigole, on mange, on boit, on parle de tout et de rien en attendant que le spectacle commence. « Tout se Martelly ». 22h 40. L’heure pour chercher sa table à 10 personnes. Quelques grognes, les tables n’étant pas identifiées, on s’assoit finalement où l’on veut. 10 minutes se sont déjà écoulées. Le décor est planté. Une voix s’adresse à l’assistance. C’est celle de Sophia Martelly, l’épouse du président. L’ex-manager de Sweet Micky parle de sa fondation Rose et Blanc et de la place qu’a occupée la formation musicale dans sa vie. Pour elle, ce groupe musical, fondé à la même année de la naissance de son fils aîné Olivier, est son cinquième enfant. « Sweet Micky, tu es spécial, dit-elle. Merci pour tout ce que tu as apporté dans notre vie. » La première dame, voix émue, salue tous ceux qui ont contribué, d’une façon ou d’une autre, au succès de Sweet Micky. Welton Désiré (basse), Ansyto Mercier (keyboard), Stéphane Gilles (clavier), Romane (percussion), Sergo (tambour), entre autres, sont déjà prêts. Alex Tropnas gagnera le podium après. L’introduction de chaque musique est préparée par une mise en scène de « Haïti Spectacle » qui, à certains moments, est lassante. Les acteurs interprètent quand même avec brio « Zanmi », tube à succès de Sweet Micky, avant que Roberto Martino, admirateur de Michel Martelly on ne peut plus, enchaîne avec « Tout cé Martelly ». Michael Guirand, Ti Joe Zenny, Mikaben, Misty Jean, Rutshelle Guillaume, Gracia Delva, Alan Cavé emboîtent le pas à Martino en chantant d’autres morceaux du président-chanteur. Tout ceci, dans une comédie musicale. Les minutes s’égrènent. L’assistance est toujours un peu froide. Entre-temps, les serveurs s’occupent des tables. Avant de voir le président sur scène, un minidocumentaire sur l’histoire de Sweet Micky est diffusé. On y apprend un peu sur la détermination de l’artiste devenu président de la République à travers des témoignages les uns plus émouvants que les autres. On y apprend aussi que Michel Martelly a eu son premier vrai spectacle à l’hôtel Ibo Lele devant un public de…14 personnes. Avec la détermination, celui qui s’autoproclamait président du compas va finir par jouer devant 600, 800 personnes au même endroit. Le début d’un long succès musical. Martelly: « J’ai laissé le président chez lui » Minuit 23. Une pluie de feux d’artifice dans le ciel de Laboule. Escorté de ses gardes du corps, Michel Martelly, t-shirt mauve, blazer crème, jeans bleu, arrive sur les lieux et se dirige vers le podium. Du bruit, des applaudissements pour accueillir le chanteur qui salue de la main les spectateurs. Pas de temps à perdre. Du coup, Michel Martelly, animé d’une énergie débordante, commence son show, en interprétant un hit de son répertoire. Le public est déjà conquis, les chaises et les tables ne servent plus à rien. Une bonne partie du public va se masser devant l’estrade. Mais, attention, prise de photos du chef de l’Etat sur scène interdite. Non. Le président de la République ne peut pas continuer à chanter sans placer quelques mots. « J’ai laissé le président chez lui, ironise-t-il. C’est le citoyen qui est là ce soir. J’ai des choses à dire, j’ai droit à la parole. » On rigole sur fond de suspense. Connaissant le personnage, certains se posent des questions. On ne sait plus à quoi s’attendre. « 25 ans plus tard, je vois encore des têtes que j’avais l’habitude de voir, même si elles n’ont plus la même forme, plaisante Michel Martelly. Elles ont maintenant des cheveux blancs. C’est grâce à vous que je suis devenu Sweet Micky.» L’artiste rend hommage à son épouse, ses enfants, ses anciens boss, et tous ceux qui le supportaient durant sa carrière musicale. Les tubes à succès enchaînent : « Zanmi », « Cocorico », « Oulala », « Kè m sere », « Mon colonel ». 1h 09. Le président est en mode Michael Jackson. Chapeau blanc, t-shirt blanc, veston un peu marron. Après une courte chorégraphie qui rappelle le roi défunt du pop, le président-chanteur interprète « Heal the world » avant d’enchaîner avec « We are the world » en duo avec Misty Jean. Non sans humour. C’est l’un des moments forts de la soirée. Mais le président a une question pour le public : « Ki dènye fwa nou te wè sa ? Prezidan kap jwe konpa… » Un refrain chanté en choeur. On découvre d’autres facettes de certains ministres, directeurs généraux qui se laissent emporter par la musique. Comme si cela ne suffisait pas, Sweet Micky met un peu plus de pression avec des anciens tubes carnavalesques à succès avant de prendre une courte pause. « Premier set », dit-il. De retour sur scène, les chansons « Dènye okazyon » – interprétée avec Black Alex – « Rache kou poul », « Mabouya » de Tabou Combo », « Azoupanm » sont jouées pour un public qui n’attendait que ça. 2h 26. Michel Martelly demande qu’on lui apporte sa guitare. On sait qu’il ne joue pas à la guitare, mais pourquoi faire? Eh bien, il va interpréter « No woman no cry » de Bob Marley. Avec une guitare, c’est mieux comme image, même si c’est Alex, son “Loulou” de toujours, qui joue réellement. « Have you ever seen a president singing? “Have you ever seen a mother fucker president singing ?”, déchaîne celui qui laisse le président chez lui. Compas, reggae, et pourquoi pas un peu de “racine” ? “Kè m pa sote”, le carnaval à succès de Boukman Eksperyans des années 90 est le tube choisi pour tenir l’assistance en haleine. Il le confirme à chaque occasion, quand il est sur scène, la fatigue, ce n’est pas fait pour lui. Avec la fonction de chef de l’Etat, ces moments lui manquent certainement. 3h du matin. Encore une pluie de feux d’artifice. Cette fois beaucoup plus impressionnante. La musique n’arrête pas pour autant. Michel Martelly continue de chanter. 28 minutes plus tard, le band leader met un terme à sa prestation. Une bonne partie de l’assistance a déjà vidé les lieux. Fin du spectacle ? Non. Une nouvelle pause. « Deuxième set », dit Martelly. De retour, place aux boléros. Sweet Micky, c’est aussi ça. Les grands fans du groupe savent de quoi on parle. C’est un Michel Martelly emporté par lui-même qui chante ses chansons d’amour pour mettre fin à ce gala dit de levée de fonds pour la fondation Rose et Blanc. 4h57. Sweet Micky, qui a réussi à ne prononcer aucun propos grivois, contrairement à l’habitude du personnage, décide enfin de mettre fin au spectacle. Ce qui est certain, après son mandat, il y a de fortes chances que l’on retrouve à nouveau Michel Martelly en lead vocal au sein de sa formation musicale fétiche. « Nou pa konn kòman n ap tounen, men n ap tounen kanmenm », promet-il. Pour le bonheur de ceux qui aiment beaucoup plus le musicien que le personnage politique, le spectacle des 25 ans de Sweet Micky fut un pur plaisir.

Valéry DAUDIER

Credit: le Nouvelliste

Haïti-Débat : Qui dira halte à l’obscurantisme ?

Par Lyonel Trouillot

Etant résolument athée, les religions ne me dérangent pas. Il me suffit qu’elles opèrent dans la sphère privée. Je parviens même à oublier que les deux raisons majeures pour lesquelles les humains se sont tués sont les territoires et les croyances religieuses. Je pourrais donc vivre en paix avec toutes les croyances, comprenant le besoin d’expliquer le réel par des raisons extérieures à lui-même qui existe depuis toujours et ne semble guère sur le point de disparaître.

Ce n’est pas la religion qui me dérange, c’est l’infestation de la sphère publique par le religieux, et la folie agressive et obscurantiste qui prend ses aises, menace, sévit, a déjà tué, et tuera encore, si l’Etat et la société civile ne la mettent sous contrôle. Par infestation de la sphère publique par le religieux, j’entends la nuisance sonore que certains cultes s’arrogent le droit d’exercer en toute impunité, à n’importe quelle heure, dans n’importe quel lieu.

Dans le voisinage de deux facultés d’Etat et de nombreux établissements scolaires, dans la zone de l’avenue Christophe, il y a un lieu de culte avec des hauts-parleurs installés dans la rue qui trouble sans cesse le fonctionnement de ces institutions d’enseignement. Il n’y a donc dans ce pays ni ministère des Cultes, ni ministère de l’Education nationale, ni ministère de la Santé. Dans un tap tap une jeune femme est agressée verbalement par deux passagers qui estiment que sa façon de s’habiller est la preuve qu’elle ne sait pas que Jésus l’aime.

Dans un service public, le fonctionnaire impose la prière aux subalternes, comme le surveillant de salle impose la prière avant de permettre aux candidats à un examen d’Etat de pouvoir se pencher sur leurs copies. On a même entendu des parlementaires, à l’occasion d’une récente manifestation organisée contre les droits des homosexuels, soutenir un discours dans lequel il était question de « brûler le parlement » si passait telle ou telle loi.

Et ce dernier exemple illustre la folie agressive et obscurantiste qui a déjà tué et qui tuera encore, si l’Etat et la société civile ne prennent les mesures qui s’imposent. Etre pour ou contre le mariage homosexuel, cela peut se comprendre, et on ne peut pas reprocher à quelqu’un de s’opposer à un projet de loi… qui n’existe même pas. Mais « brûler le parlement » ! Agresser physiquement des citoyens !

Dans d’autres cas, détruire des artefacts, saccager des lieux de mémoire ! Et le discours ! Entendu de chez moi venant du temple voisin : « Yon fi ki gen yon lespri vant fè mal, (en ces temps de choléra, merci MINUSTAH), li vini nan legliz la, lespri vant fè mal soti sou li ». « Batay la se yon batay spirituèl men se yon batay fizik tou. Mete dife sou yo ». Quel est donc ce « yo » ? Yon fanm nwa (comment pourrait-elle être blanche ?) ki rele Ezuli ». Si un homme trompe sa femme, c’est la faute à Damballa ». « Si un enfant ne veut pas apprendre à l’école, c’est la faute à Legba». Quand on sait que, dans le vodou, les esprits se manifestent dans le corps des humains, comment interpréter les « Jezi biw ! », « wòch ! » A côté de la grossièreté du sang de Jésus transformé en bombe insecticide, il y a le fait que les insectes ainsi menacés sont des humains. Et les pierres, elles, sont bien réelles.

Et ce qu’il y a d’effrayant dans ce discours, c’est qu’il est formaté. Il y a un ensemble de pasteurs qui tiennent exactement le même. Les « biw » et « wòch ». Ils l’ont donc appris. De qui ? Qui les forme ? est-il acceptable que des pasteurs d’un culte attaquent systématiquement un autre et prononcent des menaces contre ses adeptes ? Tous les pasteurs des cultes réformés sont-ils solidaires de ce type de discours ? S’ils ne le sont pas, pourquoi n’élèvent-ils pas la voix contre ces dérives obscurantistes et assassines ? Pourquoi un Exécutif qui voit des complots partout ne prend-il pas des mesures simples pour protéger les droits des citoyens : limitation des nuisances, rappel des normes républicaines… ?

Personne ne peut se laisser agresser éternellement. (Les chrétiens en savent d’ailleurs quelque chose !). Nous nous installons dans une situation qui frise déjà l’intenable. Et des injures vont répondre aux injures, des menaces aux menaces. La responsabilité de l’Etat, d’abord, celle des responsables des cultes réformés ensuite, et enfin celle de la société civile, sont grandes.

Eske ou moun, nan non Jezi, gen dwa di l ap boule plamnan an si yo vote tèl lwa ? eske yon moun, nan non Jezi, gen dwa anpeche lekòl travay, sitwayen viv lakay yo ? Eske yon moun, nan non Jezi, gen dwa lage sou kont yon lòt relijyon tout malè ki rive yon peyi ? Eske yon moun, nan non Jezi, gen dwa di l ap bat yon timoun jouk li kase bra l si le refize al legliz ? Eske yon moun, nan non Jezi, gen dwa di lwa repiblik la se bagay ki gade repiblik la, li menm sèl lwa li konnen se lwa relijyon li an ?

Je sais que certains fous de Dieu répondront oui. Mais j’ai trop de respect pour les croyances religieuses, justement parce que j’en embrasse aucune, pour croire que les idées chrétiennes soient aussi mal représentées. N’est-il pas temps que les pasteurs humanistes de chez nous, nous sauvent, sauvent leurs cultes et l’humanisme chrétien de la folie obscurantiste de quelques uns des leurs ?

Lyonel Trouillot

© Radio Kiskeya S.A. & Kiskeya International Inc.

Malédiction !

Maudite éducation de Gary Victor scandalise. Le roman peint l’horreur d’une vie qui déambule au fil des pages dans les allées sombres du sinistre.

Un adolescent, lors de ses premières rencontres avec la littérature, dans la petite bibliothèque de son père, se laisse aller à une séance de masturbation, qui va d’ailleurs se répéter tellement qu’il va être surpris en plein jour par son père sur le parquet de la maison en train de jouer au « Dieu seul me voit ». Les séances de masturbation entraînent des troubles physiques et mentaux et débouchent plus tard sur des descentes au bord de mer, où le narrateur, un aspirant écrivain et plus tard journaliste connu du plus grand quotidien de la capitale, calme les feux qui le consument en se laissant entraîner dans les sous-bois par les « laissés-pour-compte de la ville ». L’obsession sexuelle Dans ce roman, écrit à la première personne, le narrateur met à nu ses tares, ses obsessions, mais aussi ses aspirations littéraires. L’obsession sexuelle habite le clair de l’histoire et ne s’estompera que grâce à l’amour, bien qu’interdit, pour une femme, Coeur Qui Saigne. Gary Victor ne laisse rien à deviner. Tout est à découvert dans ce roman qui prend parfois l’allure d’une autobiographie, surtout si on connaît le parcours de ce romancier prolifique qui a grandi à travers les histoires insolites qu’il publiait jadis dans les pages du Nouvelliste. Mais bien sûr, on ne va pas prendre pour parole d’évangile ce qu’un écrivain à l’imagination vertigineuse expose dans un roman. D’ailleurs qui peut, à coup sûr, décanter l’irréel du réel dans cette histoire truffée de fantasmagories? Les faits historiques, certes, sont là pour créer un contexte réaliste, mais les caractères répondent à une surréalité qui n’est pas trop différente du quotidien haïtien, où tout acte, tout décès, toute maladie fait l’objet d’une interprétation ésotérique, mystique, surnaturelle. Ligne entre le réel et l’irréel Quand les faits peinent à subjuguer, les rêves prennent la relève, en particulier ceux du malfini, figure phobique et itérative qui donne au narrateur son premier texte littéraire et qui, plus tard, va peupler les rêves qui suivent les moments les plus ténébreux de son idylle avec Coeur Qui Saigne. Les lignes de démarcation entre le réel et l’irréel sont aussi bousculées par les histoires insolites, éparpillées ici et là dans le roman, donnant voix aux femmes du bord de mer. Ces courts récits, dont la prose agile traverse le roman comme des étoiles filantes, renforcent le climat ésotérique du livre. Ces histoires parlent d’une femme fatale qui réapparait dix années après s’être jetée dans une mer grouillante de requins, d’un homme dont le sexe-couleuvre éventre sa jeune épouse pendant la nuit des noces, et d’une nonne qui hante les terrains vagues en quête d’hommes pour assouvir son désir de sexe. D’ailleurs, c’est de l’une des femmes du bord de mer que proviennent ces lignes qui résument bien l’atmosphère du livre: « Parfois il vaut mieux qu’on ne sache pas où finit le rêve et où commence la réalité, si on veut marcher tête droite sur la terre bénie. » Le jeu des relations «Maudite éducation» peint aussi le jeu des relations entre le narrateur et ses parents, les femmes et ce pays dont il n’est pas fier. Toutes ces relations orientent le fil de son développement d’homme et d’écrivain. Celles avec son père, qui fut pour lui un guide, introduit chez lui l’importance de la lecture sélective. Et, c’est le décès de ce père,qui est à la fois soucieux des pulsions suspectes de son fils et fier de son potentiel d’écrivain, qui va accoucher ce refrain élégiaque, « trois cent trente-trois mètres…du bureau du chef de l’Etat »,dont la réverbération persiste tout au long du livre. On peut entendre le narrateur, la voix transformée par la colère, crier aux yeux vides qui le regardent mesurer de ses pas la distance entre la salle d’urgence de l’hôpital général, où mourut son père, et l’emplacement du bureau du président Eternel : « [Mon père] était mort parce que, dans cet hôpital dit d’Etat, où la population était censée recevoir des soins adéquats, il n’existe même pas un service d’urgence fonctionnel. » (Page 69). Les années formatrices Les femmes, elles, peuplaient les longues années formatrices de l’écrivain, tantôt comme ancre de sécurité (tel est le cas de sa mère) tantôt comme soupape pour ses pulsions sexuelles, tel est le cas des femmes de Nan Palmis. Cependant, la relation dominante du narrateur est celle avec Coeur Qui Saigne, sa partenaire d’un jeu de correspondances. Cette fille « au corps mince de princesse taïno » va causer au narrateur sa première agonie d’amoureux, le jour même de leur rencontre, et disparaître. Elle va réapparaître dix ans plus tard, dans une « cérémonie de chanpwèl », à laquelle participait le narrateur. Encore captivé par le « visage aux traits parfaits, moulé dans le cuivre le plus pur» de Coeur Qui Saigne, il fut rebasculé dans les flots tumultueux d’un amour rendu encore plus incertain par des promesses d’outre-tombe. Quant au pays, avec son marasme économique et ses frustrations politiques, il gît là comme toile de fond sombre et déprimante, omniprésent dans le parcours des différents protagonistes du livre. Certains, tel le père du narrateur, optent pour le silence et la complaisance face au régime de terreur du président Eternel,« pour se ménager un espace de sécurité »; d’autres, tel le poète « original » Gaston Paisible, se noient dans un détachement de la réalité et un reniement de la décence et de la moralité. Son secret, divulgué au narrateur lors d’une séance de critique de texte, traduit bien cet état d’esprit qui a permis à plus d’un de survivre à ces années de terreur et même d’en profiter: le président Eternel, qu’on dit être aussi méchant, aussi inhumain — rappelle-toi qu’il a fait fusiller sans sourcilier dix-neuf officiers —, n’est que le miroir qui reflète la bêtise, la violence, le mépris de la personne humaine qu’on cultive tant dans notre société. Il est la quintessence de ce que, malheureusement, nous sommes, notre être véritable, notre pur produit. »(Page 67) Tout est maudit dans ce livre, non seulement l’éducation du narrateur, mais aussi l’amour, la vie, le pays. Tout est à l’envers et semble voué à l’échec. Le père même du narrateur n’avait qu’un seul regret, celui de ne pas l’avoir envoyé vivre à l’étranger. L’histoire se situe dans les années 80 et 90 ; malheureusement, vingt à trente ans plus tard, nos jeunes continuent de rêver de quitter le pays, le commerce sexuel bat encore son plein dans les rues sombres de nos villes, nos dirigeants persistent dans la poursuite de la pérennisation du pouvoir, et nos hôpitaux — y compris l’hôpital général —continuent de fonctionner sans service d’urgence adéquat. N’est-on pas encore sous le coup de la malédiction ?
 
 
Mario Malivert, né à Port-au-Prince, Haïti, a publié quatre recueils de poèmes, dont La tête chauve des mornes, Ed. Le chasseur abstrait, sorti en 2011. Ses écrits ont aussi paru dans différents magazines, dont Tanbou, Conjonction, The Cartier Street Review, The CaribbeanWriter, Le Nouvelliste, et sur le blog deferlement-de-mots.blogspot.com. Il vit actuellement en Haïti, où il partage son temps entre la médecine et la littérature.

Djakout Mizik presse Djakout #1 de changer de nom

A peine classé champion du carnaval des Fleurs tenu au Champ de Mars les 28, 29 et 30 juillet dernier, selon plus d’un, Djakout #1 sera-t-il obligé de changer de nom ? En tout cas, le conflit entre les deux groupes musicaux Djakout Mizik et Djakout #1 est revenu dans l’actualité alors qu’on le croyait terminé. Djakout # 1 devra-t-il fonctionner sous une autre appellation ? Intervenant sur les ondes de Radio Magik 9 (100.9 FM) dans le cadre de la présentation du nouvel album de Djakout Mizik intitulé « Defi Leve », le maestro de Djakout a fait savoir que cette année, la question de l’existence de deux Djakout sera pour une fois résolue. « Ils sont obligés de changer le nom de leur groupe ou d’enlever leur «Djakout», car, dans le domaine commercial et selon la loi, il ne peut y avoir l’existence de deux Djakout », a déclaré Jolicoeur. Forcer Djakout #1 à changer de nom est l’un des autres défis qu’ils auront à lever pour cette année 2013 après la sortie de l’album », a poursuivi le maestro de Djakout Mizik. Réagissant à cette déclaration, le mercredi 7 août 2013, Shabba, tambourineur de Djakout #1, rappelle que depuis assez longtemps cette question revient sur le tapis, inutilement. « Je vais voir entre Djakout Mizik et Djakout #1 lequel est le groupe le plus populaire et le mieux branché », a simplement lâché Hervé Anthénor dit Shabba. Djakout Mizik leve defi a ? Plusieurs années après la division de la Familia Djakout et après de nombreuses difficultés, Djakout Mizik a finalement sorti son album longtemps promis. Contenant onze morceaux (« Ranje chita’w », « Folie lanmou », « Regrè », « Ban’m Djakout mwen », « Mademwazèl”, “Et si on faisait l’amour” featuring Nadia Faubert, “Defi leve”, “Li pa merite sa”, “Chans mwen”, « Papa’w pap fè paw (kanaval 2012), et « Dezòd sou cha one » (kanaval 2013), ce disque est produit par Djakout Mizik lui-même. C’est le septième album réalisé par Djakout Mizik depuis son existence cela fait environ vingt ans, le premier après la dislocation. Plusieurs artistes dont Black Easy et Jude Jean de K-Dans ont participé sur ce CD. Pedro Fòs a interprété la plupart des chansons de l’album et l’autre chanteur du groupe, Dave, en a chanté deux. L’album « Defi Leve », c’est tout ce qu’il faut, a déclaré le chanteur. Jolicoeur. Le maestro du groupe dit croire totalement en cet album, « Defi Leve » de Djakout Mizik. Après sa participation le week-end écoulé au Festival Bikini à Plage publique, Djakout Mizik se produira ce samedi 10 août 2013 à Marchand-Dessalines en tandem avec Mass Konpa.
 
Gilles Freslet (gillesfreslet@yahoo.fr)
Credit: le Nouvelliste

« Les Fous de Saint-Antoine »

Rachel Vorbe

Lyonel Trouillot est « Yanvalou pour Charlie », « Thérèse en mille morceaux », « La Belle amour humaine ». Mais avant tout il était « Les fous de Saint-Antoine ». Ce roman est l’une de ses premières oeuvres parue en 1989.
Sans raison particulière, en l’acquérant, me vint à l’esprit, l’oeuvre de Victor Hugo « Notre-Dame de Paris ». Pourtant, que ce soit dans le choix du titre ou dans la peinture de couverture, rien ne semblait porter sur un parallèle. Quelque chose évoquait pour moi une quelconque similitude, et ce, avant même la lecture du roman. L’histoire se déroule dans les années 70, dans les bas-fonds de Saint-Antoine, quartier populeux de Port-au-Prince où les habitants côtoient la misère avec une désinvolture frisant l’insensibilité. La mort, réalité courante, est reléguée à son plus bas niveau, la rendant presque « des-humaine ». D’ailleurs, autour d’elle se règlent toutes les questions : surnaturelles, mesquineries humaines, rapines, dérision, pour laisser place à la fatalité de la misère et de la pauvreté. Saint-Antoine, est alors une scène théâtrale où les personnages burlesques, les descriptions pittoresques, les situations réalistes prennent une ampleur utopique, ô combien réelle. Ainsi, pour Dominique et Antoine, Saint-Antoine est le lieu secret qui abrite leur amour interdit. Dominique habite à Pacot et se dévoue pour aider les bonnes soeurs de Saint-Antoine à alphabétiser les résidents. Pourtant, Dominique sait qu’Antoine n’est pas de son milieu. Malgré tout, cet amour illicite a un goût d’aventure bravant ainsi les conventions sociales et familiales « Les fous de Saint-Antoine » est un triptyque de nouvelles qui s’articule entre elles. Dans un premier temps, « Saint-Antoine » fait place à la vie qui grouille au sein du quartier, où grandit Antoine qui « à l’image de son saint patron, laissait courir le temps, [et le] retrouvait demain à la même place, et [où] il se sentait cloué. Dans un second temps, « Dominique », « Dominique des chansons pieuses, Dominique des beaux quartiers », occupe le devant de la scène pour exposer une certaine hypocrisie noyée dans son éducation ; et enfin« L’envol » qui retrace le parcours de Caca Clairin, ancien guide pour touriste devenu alcoolique, « caravacheur désargenté »et désoeuvré pour qui « l’office du tourisme n’était pas capable de payer un rat à un chat… »qui n’a pas « cinq gourdes, donc pas un dollar américain; donc pas une tête de hareng ni trois tranches de pain […] donc pas de Carmencita, pas de mulâtresse dominicaine… » Cependant, si « L’envol » clôture les derniers chapitres du livre, c’est avec une intensité et une force dans les mots, que Trouillot décrit cette déchéance qui guette les chômeurs, les oisifs « qui les perd à force de chercher à comprendre tandis qu'[ils] s’enlisent dans [leur] merde…. »Saint-Antoine, quartier de l’illusion, des rêves déchus, des passions dévorantes et de la misère avilissante et dés-humaine. C’est là, dans la description du quartier de Saint-Antoine que le parallèle entre Hugo et Trouillot saute aux yeux. Comme la Cour des Miracles, Saint-Antoine recueille les déchus, les indigents, les pouilleux, les miséreux et les culs-terreux ; il a son Esmeralda, son Quasimodo et ses fous. La Révolution, en place, dans le roman, y trouve ses martyrs et ses victimes tombent sans défense. Saint-Antoine, malgré tout, était « immobile ». La comparaison avec la Cour des Miracles est frappante dans la description de la vie à Saint-Antoine, et l’influence d’Hugo y est présente. Aussi, que ce soit pour auréoler un des personnages du livre du tempérament impétueux et brave de Gavroche (1) ou pour le plaisir de le faire participer au déroulement de la vie politique de tous les jours du président de la république « à qui tout appartient, hormis les vents (2)», cet auteur du XIXe siècle, occupe une place de choix dans l’écrit de Trouillot. Dans « Les fous de Saint-Antoine », plusieurs allusions et messages distillés au gré de la lecture, forcent un questionnement sur l’origine de cette déchéance que vit au jour le jour Haïti. Déjà, les problèmes économiques et sociaux qui guettaient explosent pour laisser place à une réalité que l’auteur met à nu et qui est encore, aujourd’hui, celle que nous vivons. Dans cette oeuvre de Lyonel Trouillot, on découvre une musicalité des mots où la poésie qui se dégage des descriptions confère à l’oeuvre une grande valeur littéraire. La lecture est légère, empreinte d’une réalité proprement haïtienne rythmée par un langage saccadé où chaque description tient à la fois le rôle du dialogue, du monologue ou d’une introspection. La répétition des expressions au début de certains paragraphes renforce les images pittoresques que veut mettre en évidence l’auteur. Même si on retrouve, comme chez pratiquement tous les auteurs francophones, cet alliage de la langue d’expression littéraire et celle des expressions du terroir, le roman de LyonelTrouillot, « Les fous de Saint-Antoine » offre la vision « d’un bal interrompu, gâté, tout au haut du quartier de Saint-Antoine ,, […] là où vivent les restes de quelques grandes familles têtues ou déclassées, […] mais où tout se sait et où l’on apprend mille petits secrets, signes d’amour et de haine, de joie et de souffrance, de paix et de violence.»Et si « Les Fous de Saint-Antoine » « ce n’était que ça la vie, le désir, les souvenirs, Dieu, le travail, la liberté ? »
 
Rachel Vorbe
 
1. Gavroche, personnage héroïque de l’oeuvre de Victor Hugo, « Les Misérables ». 2. Les fous de Saint-Antoine, LyonelTrouillot, 2013, Ed. (3 Groupe, p.132 l.12

Dadou Pasquet de Magnum Band pour un Cristal d’honneur aux Cayes

Le Tabou Combo et le Magnum Band aux Cayes pour des retrouvailles. Dadou Pasquet, un musicien complet, est présent dans la métropole du Sud pour recevoir son Cristal d’honneur, une récompense déjà décernée à Richie Charles et au mythique Tabou Combo.

La ville des Cayes honorera le samedi 10 août le talentueux musicien haïtien Dadou Pasquet du Magnum Band, la seule différence. Un Cristal d’honneur sera décerné à l’artiste polyvalent qui fait danser en tout temps et en tout lieu toutes les générations. Il est le troisième musicien à être honoré après Jean-Richard Hérard (Richie) en 2011 et le Tabou Combo en 2012. Le public de l’hôtel Le Manguier se souviendra de la révélation stupéfiante de Fanfan Tibòt du Tabou. Au moment de la remise, il avait déclaré que c’est la première fois que son groupe est honoré en Haïti. Ce qui a fait dire à Jean-Junior Boutin, le P.D.G. de Bolo Group de la métropole du Sud « qu’aucun honneur ne vaut la reconnaissance chez soi. » Le Cristal d’honneur, une initiative de Bolo Group Award, récompense chaque année « un artiste ou un groupe ayant accompli au moins dix ans de carrière avec succès, ayant influencé positivement la tendance dans laquelle il évolue », a souligné Jean-Junior Boutin (Bolo). La remise du Cristal se fera à La Cayenne night-club. A cette occasion, le Magnum Band et le Tabou combo joueront en tandem. Quatre autres prix seront décernés pendant la soirée à des artistes et des citoyens des Cayes qui ont accompli des réalisations remarquables dans leur communauté : « Prix révélation de l’année, Prix Zone touristique du Sud, Prix Impact Social et Prix Platinum » Dadou Pasquet à qui sera décerné le Cristal d’honneur a la musique dans le sang. Dès l’âge de 9 ans, le neveu de Dòdòf Legros (un des grands de la musique haïtienne) a commencé à faire ses premiers pas dans le compas aux côtés de son cousin Pierre Prato. Il s’est nourri à la source du talentueux Tit Pascal. Musicien éclectique, Dadou éblouit le mélomane à travers différents styles de musique. Sa verve coule aussi bien dans les structures du jazz, du blues, du reggae, du funk et de la salsa. Aux Cayes, Dadou, ce musicien complet, se produira sur scène avec ses pairs du Tabou. A coup sûr, l’ancien maestro de cette formation musicale jouera les plus beaux morceaux qui ont fait son succès.
 
Claude Bernard Sérant serantclaudebernard@yahoo.fr
Credit: Le nouvelliste

Koze Lakay

Yon resi an detay san okenn tripotay

En lisant le titre, je n’étais pas très intéressée. Je me disais « m sot lakay tou, m konn koze sa yo ». C’était sans savoir la grandeur du talent de Gérald Toussaint. Avec un style très parfumé, il a su agencer les mots qu’on connaît pour produire une œuvre de grande classe qu’on prend plaisir à découvrir. Il faut du courage pour fermer Koze Lakay avant la dernière page.

Tout enfant qui se respecte saura reconnaître la profondeur du chapitre « Manman mwen » mais c’est dans la section « Mèt Gerald » qu’il plaça sa maman, et toutes les mères dévouées du pays comme Filiz, au paroxysme de leur gloire. Mr Toussaint produit un hymne à la vaillance, au courage et au dévouement que tous ceux qui comme lui doivent leur réussite aux sacrifices d’hommes et de femmes, seront fiers de chanter. Un clin d’œil à toutes ses mères qui ont su protéger leur enfant de la vie, de la déception et les rendre quelqu’un de digne et de responsable.

Je suis de Léogâne, et Dieu seul sait combien j’aime cette ville. La description de Mr Toussaint aka Mèt GT est tout simplement somptueuse. En quelques pages, et avec art, il a su faire l’histoire et la littérature de notre chère commune. Dans la liste des « Grands Noms » de la ville, il est lieu d’ajouter celui de G.T et tous ceux qui comme lui a formé tant de jeunes. Rendons hommage à ces vétérans qui ont permis à tant de jeunes de goûter aux joies de la victoire et de la réussite.

On dit souvent la vie et ses travers. Koze Lakay décrit la vie, celle d’un homme, et par ricochet celle d’une ville et d’un pays. C’est pourquoi, il fait le tour de nos maux de société : la misère, le sida, les problèmes politiques, l’exile, la migration et la tragédie du 12 janvier 2010. Mais Koze Lakay est un livre positif qui nous pousse à regarder en arrière et trier ce que nous ne voulons pas perdre afin de les préserver comme la culture, notamment le Rara de Léogâne, la combativité de ce peuple, le courage de ces hommes et femmes qui luttent tous les jours pour voir un lendemain meilleur.

Koze Lakay chante aussi l’amour, il dépeint la souffrance de l’arrachement, les peines de la discrimination. L’ouvrage applaudit l’amitié sincère dans sa vigueur et sa faiblesse. Il décrit sans détour le parcours d’un homme qui n’a jamais cessé de partager et qui en dépit des évolutions et les changements continue d’enseigner à sa façon à la génération future la route qui mène à la réussite. Les connaisseurs identifieront l’empreinte de la pédagogie d’un maître, celle de Mèt GT.

Que vous soyez lecteur occasionnel ou aguerris, que vous ayez la lecture en horreur, vous pouvez sans crainte tenter l’aventure de Koze Lakay car dans ses pages vous trouverez un brin de votre propre histoire.

Koze Lakay est une histoire complète qui finit trop vite. Espérant que Mr Toussaint continuera à nous régaler de sa belle plume. En attendant, pressez vous de découvrir ce récit qui retrace en détail tout nos petits Koze Lakay.

 

Marie Antoine Alliance

Economiste du développement

Lectrice

Léogâne : des richesses insoupçonnées.

 

« Léogâne est une ville trop riche pour être pauvre ». 

Tous ceux qui ont eu la chance de découvrir la commune de Léogâne dans ses moindres recoins ont du se plaindre comme moi, comme tant d’autres que « Léogâne est une ville trop riche pour être pauvre ». Que les plus zélés ne s’offusquent pas avant de prendre le temps d’analyser les raisons de ce gémissement.

La commune de Léogâne n’est, certes, pas la plus démunie du pays mais force est de constater qu’elle soit loin du rayonnement qu’elle aurait dû avoir. Qui n’a pas rêvé d’une ville différente quand il veut faire un tour au marché après un jour de pluie? Qui n’est pas offensé de savoir que la quasi-totalité de cette ville historique n’a que le soleil pour éclairage public ? Je passerai à pieds joints sur les zones dépourvues d’électricité, le chômage structurel, la fracture sociale et bien d’autres problèmes nationaux qui touchent Léogâne de plein fouet.

Rassurez-vous, malgré ces questions c’est une toute autre histoire que je souhaite aborder, un élément trop souvent oublié, un facteur trop longtemps ignoré mais également une force tranquille, une puissance extraordinaire qui ne demande qu’à être exploitée, sa richesse. La ville dispose de plusieurs atouts qu’il convient de souligner. Cette semaine on va mettre en valeur sa « jeunesse consciente ».

Richesse 1 : Une jeunesse consciente

La vague de migration des années 70 et 80 a favorisé des regroupements familiaux dans les années 90 et 2000 qui ont permis à de nombreux jeunes de rentrer dans l’élite intellectuelle de plusieurs pays occidentaux. Des coopérations Sud-Sud ont ouvert la voie de nombreuses universités à des jeunes léogânais. Enfin, la génération d’étudiants haïtiens en République Dominicaine voisine n’a cessé de grossir.

Aujourd’hui plus que jamais Léogâne dispose d’une réserve de jeunes hautement qualifiés, formés localement, régionalement ou dans les plus grandes universités du monde. Qu’est ce qui différencie ces jeunes des milliers d’autres avant eux ? En quoi est-ce une richesse ?

La réponse est simple : leur conscience. A la différence des générations précédentes, et sûrement conscientisées par la visibilité que le 12 janvier 2010 a apportée sur la dégradation de la ville, ces jeunes semblent être enfin décidés à contribuer. En tout cas, la jeunesse léogânaise a fini par réaliser que le changement ne peut venir que d’elle.

Les jeunes sur place sont de plus en plus motivés à agir. De nombreuses initiatives sérieuses ont vu le jour. Même si pour l’instant certaines peinent à se mettre en place par manque de moyens ou n’ont pas encore produit leurs résultats, les idées sont de plus en plus affinées, de plus en plus matures. La ville est sur le point de renaitre parce que la jeunesse, son cœur, s’est décidée à emboiter le pas. Et en dépit de toutes les contraintes qui peuvent décourager un jeune ayant déjà quitté Haïti à prendre la décision de le choisir comme environnement de travail à plein temps, nombres de nos jeunes sont en train de mettre en jeu leur temps libre, leurs compétences, leur ressources, et pour les plus téméraires, leur sécurité pour donner à cette ville ce qu’elle a toujours mérité d’avoir : l’éclat. Un éclat à l’image de son ancienne reine, Anacaona.

Le réveil est amorcé

L’année 2012 aura finalement été une bonne année.

  • On dit que les sports unissent les peuples. En décrochant le titre Valencia a donné le ton, hissant au passage une ville entière sur la plus haute marche du podium après 40 ans (1972-2012) de travail.
  • La ville a enfin une centrale électrique. On espère que ça va donner une bouffée d’air frais aux entreprises en leur permettant d’améliorer leur productivité. Quand on sait que la pénurie d’énergie est l’un des plus grands obstacles à la croissance économique.
  • Les jeunes de Rasin Lespwa ont frappé très fort avec la première édition de Festikreyol. Darbonne, et Léogâne en général, a été subjuguée par la dimension des talents de ces artistes qui ont ébloui la ville avec leur théâtre de rue, leur spectacle et d’autres activités enrichissantes.
  • Des projets intéressants portés par des jeunes de la cité sont en cours de planification ou sur le point d’être lancé. Des rencontres un peu partout dans le monde, des groupes de diffusion sur les réseaux sociaux etc.

La dynamique est lancée

Le silence qui caractérisait la population léogânaise est en train de se briser. La résignation qui nous assujettissait est sur le point de se renverser. L’individualisme qui tuait dans l’œuf nos rêves en tant que groupe laissera bientôt place à une prise de conscience massive. L’heure est venue pour que les enfants de cette riche terre puissent redorer la couronne d’Anacaona en mettant leur lumière à disposition pour créer le faisceau qui fera briller de mille feux cet héritage ancestral.

La jeunesse est consciente que la situation est urgente. L’heure du changement a sonné. Cette jeunesse consciente ne peut être ignorée, ni gaspillée.

Marie A. Alliance