Un autre monde

La construction d’un monde plus équitable est la responsabilité de tous et de chacun

A l’heure où l’ordinateur fait à notre place, l’eau est livrée directement dans notre salle de bain, notre cuiseur signale que le repas est prêt, et j’en passe. Plus besoin de se presser de rentrer à la maison pour regarder sa série préférée, le décodeur veillera à nous garder tous les instants bien au chaud en attendant notre prochaine disponibilité.

A l’heure où une partie du monde revendique encore plus de confort, de rapidité et de facilité. On voit bien la profondeur immense de l’insatisfaction de l’homme parce qu’entre temps dans un « autre monde » des gens espère encore voir le jour où le minimum arrivera jusqu’à eux.

A l’heure de la vie 2.0, j’ai été dans ce petit village où le projet dans lequel je bosse avait creusé un forage et était en train de l’équiper d’un système AEP solaire. Ils étaient là tous heureux de pouvoir venir au forage puiser le précieux liquide dans des bidons de 20 litres. Des centaines de récipients alignés attendant leur tour, l’ambiance est chaleureuse. Bien que la barrière de la langue se dresse infranchissable devant moi, les sourires, les regards, les rictus me disent que je suis la bienvenue. Alors que mon gros appareil photo suspendu autour du cou les fascinait, moi j’étais fascinée par tant de joie, m’interrogeant sur les raisons d’autant de jubilation alors que la collecte de l’eau n’est pas encore aussi aisée qu’on le souhaite (borne fontaine prévue dans les villages et pour les ménages qui peuvent se le permettre des robinets directement dans leur concession). En questionnant les femmes présentes grâce à un interprète, j’ai fini par entendre l’impensable « avant il parcourait 15km pour aller puiser l’eau dans une marre ». Et oui, en 2014 ça arrive encore et pleunicher pour des trucs superflus devient tout d’un coup excessivement ridicule. Aujourd’hui, à un an de l’échéance des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), nous nous devons de nous questionner sur la « responsabilité collective » qui a été citée dans la déclaration du millénaire le 8 Septembre 2000. Mais contrairement au texte de base, je ne me limiterai pas uniquement aux leaders du monde parce que cette responsabilité collective nous concerne tous, particulière nous (vous et moi), qui ennuyés dans notre confort, nous nous plaignons à longueur de journée que le monde ne nous offre pas assez, trouvant l’abondance insuffisante.

Il est d’un devoir universel que chacun se pose la question de savoir ce qu’il peut faire pour ceux là notamment les plus vulnérables afin qu’ils puissent au moins avoir, eux aussi, ce que nous pouvons qualifier d’une vie digne. Il est de la responsabilité de chacun de réfléchir un temps soit peu avant de sortir le dernier caprice qui sera à la mode sur un réseau social bien connu et de se demander quel rôle il peut jouer pour garantir un partage plus équitable des ressources mondiales. Car les vulnérables en question ne sont pas négligeables, ce serait offusquant de les négliger. Je conclurai mon édito sur ces 2 chiffres : 1 milliards d’une part et 2.4 milliards.

  • Plus d’un milliard de personnes n’ont pas accès à de l’eau salubre.
  • 2.4 milliards de personnes sont privées d’installations sanitaires satisfaisantes 
Fersam Allifleur

L’Association Alliance-Fleury soutien l’éducation à Cormiers (Léogâne) via le projet Klere chimen Siksè

Il était 11h du matin, ce vendredi 11 avril 2014 quand la cérémonie de fourniture de lampes solaires à des enfants de classes de CM2 a commencé dans les locaux du bureau de CASEC de la section communale de Cormiers. Malgré un peu de retard généré par quelques imprévus de dernières minutes, l’événement qui s’inscrit dans le cadre du projet pilote Klere Chimen Siksè s’est bien déroulé. Un effectif de 41 élèves de CM2 provenant de 4 écoles primaires de Cormiers ont reçu chacun une lampe solaire de types S2 de la marque D.light solar et quelques précieux conseils prodigués par 2 jeunes professionnels pour qui l’éducation a été le pilier porteur de la réussite. Enfin, une séance de rafraîchissement photo a clôturé le moment.

Radyonou a rencontré l’une des représentants de l’Association Alliance-Fleury en la personne de Marie Antoine ALLIANCE qui a bien voulu répondre à ses questions.

 

Radyonou : Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce projet, les objectifs et les raisons qui motivent votre axe d’intervention ?

MAA : Cette distribution est le fruit d’une réflexion menée par un groupe de personnes vivant dans la diaspora et en Haïti qui ont voulu s’unir pour contribuer à l’effort collectif qui se fait et qui doit se poursuivre pour mettre nos territoires sur les rails du développement. Ce projet pilote d’Appui à l’éducation à travers l’amélioration au sein des familles des conditions d’apprentissage des écoliers a émergé de la rencontre de plusieurs paramètres notamment notre envie d’innover (se différencier des projets habituels pour mieux les compléter), les besoins identifiés (les enfants fournissent beaucoup d’effort pour accéder aux pains de l’instruction) et les infrastructures disponibles (absence totale d’installations électriques dans la zone).

Nous avons opté pour la fourniture de lampes solaires dans un triple objectif 1) faciliter l’éclairage familial la nuit qui est ressorti comme une option intéressante dans ces localités non rattachées au réseau électrique national et dépourvu de système d’électrification rurale. 2) Se différencier et surtout innover par rapport aux différents projets d’appui à l’éducation qui se cantonnent pour la plupart à construire des salles et fournir des bancs. Cette démarche s’inspire de l’approche intégrée qui se développe petit à petit en Haïti (cantines scolaires, matériels didactiques etc. 3) le projet se veut également être un outil de sensibilisation sur les énergies renouvelables, le développement durable, le respect et la protection de l’environnement.

 

Radyonou : Comment aviez-vous identifié les bénéficiaires de ce projet pilote ?

MAA : Sur la base d’une procédure d’identification ciblant les 12 écoles primaires en fonctionnement de la zone, à l’aide de critères objectifs, nous avions procédé à une hiérarchisation des besoins des différentes écoles. Compte tenu de la taille limitée de ce projet pilote financé à 100 % sur fonds privés (contribution de membres et sympathisants de l’association), seules les 4 écoles les plus vulnérables ont été appuyées. La totalité des élèves des classes de CM2 de ces 4 écoles ont été servis sans considération de la vulnérabilité individuelle des élèves. Soit un effectif de 41 élèves. La distribution des lampes solaires a été faite en présence des différentes écoles appuyées et de 2 des 3 CASEC du cartel de la section.

 

Radyonou : Quelles leçons peut-on retenir de cette expérience ?

MAA : Bien qu’il soit trop tôt pour évaluer l’impact de ce projet en termes de réussite aux examens de certificat ou de changements éventuels en matière d’assimilation des enseignements, nous pouvons d’ors et déjà souligner les éléments suivants :

  1. Une collaboration réussie entre haïtiens là-bas, haïtiens ici et les autorités locales. L’implication des CASEC a été effective dès les premières idées du projet. Ce qui a permis de mûrir ensemble le projet. Aussi, la prise en charge à la fois technique et financière de jeunes haïtiens évoluant sur le sol national est un élément à saluer.
  2. Une forte adhésion au postulat selon lequel nous haïtiens sommes de bons piliers du développement de nos territoires. A différents niveaux le projet a eu des échos positifs sur l’approche qui consiste à mieux connecter décideurs locaux et acteurs privés dans la définition de stratégies de développement innovantes et durables.
  3. La mobilisation d’une jeunesse de plus en plus qualifiée et motivée au service du développement. L’âge moyen de l’équipe qui a travaillé pour la réalisation de ce pilote effleure la trentaine et pourtant elle a fait preuve d’une grande maturité et d’une grande efficacité. La réussite de ce tout premier projet témoigne de leur potentiel.
  4. Enfin, la grande satisfaction exprimée par les récipiendaires de ce support montre l’adéquation entre le choix d’intervention et les besoins réels identifiés au sein de la population de Cormiers.

 

Radyonou : Quel sera la suite de ce pilote ?

MAA : Compte tenu des retards enregistrés dans la phase de lancement de ce projet pilote – nous n’avons pas pu fournir les lampes en début d’année scolaire (octobre) comme prévu- nous souhaitons réitérer l’expérience en octobre prochain. Aussi, nous avions du redimensionner le pilote suite à des promesses de dons qui n’ont pas été concrétisés. Nous espérons pouvoir mettre à l’échelle ce projet tout en tenant compte des ajustements nécessaires en matière de participation, d’inclusion et de concertation afin de pouvoir étudier comme il se doit les retombées du projet sur les communautés appuyées.

 

Radyonou : Quels sont les perspectives d’avenir pour l’association Alliance-Fleury ?

MAA : L’information la plus importante à retenir en termes de perspectives est que nous sommes en train de passer à un niveau supérieur. D’une association qui se voulait être le relais des efforts des haïtiens de là-bas, d’ici, des autorités locales et tous les acteurs de développement pour une meilleure appropriation des enjeux du développement, nous sommes en train de mettre sur pied un groupe de recherche action pour le développement. L’objectif étant de pouvoir formuler des orientations claires en matière de stratégie de développement à partir de la capitalisation d’expériences.

Cette mutation est dors et déjà lancée et compte tenu des partenariats établis ou en préparation nous sommes déjà très optimistes de l’impact de cette initiative dans la gestion future de l’aide au développement en Haïti. C’est ici l’occasion de remercier toutes les personnes déjà mobilisées et de lancer une invitation aux professionnels désireux de contribuer à enrichir la réflexion à venir se joindre à nous.

 

Radyonou : le mot de la fin !

MAA : Merci à Radyonou de nous avoir donné l’occasion de parler de cette activité et des perspectives futures. Merci aux membres de l’Association Alliance-Fleury, à nos différents partenaires pour leur support et leur implication. Merci à la jeunesse haïtienne pour son engouement à contribuer à faire progresser les choses.

Puisse cet élan citoyen trouver l’écho nécessaire pour faciliter l’émergence d’une nouvelle ère, celle d’un développement co-construit entre les bailleurs, les acteurs et les bénéficiaires, celle d’un développement respectueux de l’environnement et de la biodiversité et surtout celle d’un développement attentif aux générations futures.

Que cette action pilote soit le début d’une collaboration franche entre les différentes parties prenantes et constitue les bases d’un avenir meilleur pour les communautés concernées.

 

Radyonou : Merci Mme Alliance d’avoir accepté de répondre à nos questions.

 

Propos recueillis par

Gérald Toussaint

La Constitution de 1987 : un rêve à concrétiser

Le Peuple Haïtien proclame la présente Constitution: 

Pour garantir ses droits inaliénables et imprescriptibles à la vie, a la liberté et la poursuite du bonheur; conformément à son Acte d’indépendance de 1804 et à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948.

Pour constituer une nation haïtienne socialement juste économiquement libre et politiquement indépendante. 

Pour rétablir un État stable et fort, capable de protéger les valeurs, les traditions, la souveraineté, l’indépendance et la vision nationale. 

Pour implanter la démocratie qui implique le pluralisme idéologique et l’alternance politique et affirmer les droits inviolables du Peuple Haïtien.

Pour fortifier l’unité nationale, en éliminant toutes discriminations entre les populations des villes et des campagnes, par l’acceptation de la communauté de langues et de culture et par la reconnaissance du droit au progrès, à l’information, à l’éducation, à la santé, au travail et au loisir pour tous les citoyens.

Pour assurer la séparation, et la répartition harmonieuse des Pouvoirs de l’Etat au service des intérêts fondamentaux et prioritaires de la Nation.

Pour instaurer un régime gouvernemental basé sur les libertés fondamentales et le respect des droits humains, la paix sociale, l’équité économique, la concertation et la participation de toute la population aux grandes décisions engageant la vie nationale, par une décentralisation effective.

 

C’est ici les avant-propos de notre constitution. Au lendemain de la fin de la dictature duvaliériste, c’est en ces mots qu’on a introduit nos objectifs pour l’avenir à construire, la ligne de conduite que nous souhaitions à l’époque adopter. Le moins que l’on puisse dire c’est que c’est joliment exprimé. Les belles lettres! Un autre héritage de notre passé colonial français.

D’entrée de jeu, on vise le bonheur. « Pour garantir ses droits inaliénables et imprescriptibles à la vie, à la liberté et la poursuite du bonheur » mais on ne s’arrête pas là «  une nation socialement juste », « économiquement libre », « politiquement indépendante » autant de notions qui suscitent l’adhésion et qui appellent à l’engagement citoyen.

Quand est-il aujourd’hui 27 ans plus tard ? Avons-nous réussi à rétablir la stabilité garante de la protection de nos valeurs, nos traditions, notre souveraineté, l’indépendance et la vision nationale. A-t-on réussi à implanter la Démocratie ?

Quant à l’alternance politique, on serait plus sincères si on parlait de « caméléonisme » politique vu que dans la pratique quand ce ne sont pas nos partis politiques qui changent de noms pour se conformer théoriquement à la constitution, ce sont nos hommes politiques qui font du papillonnage idéologique pour ne pas être hors jeu. Je passerai à pieds joints sur «  les droits inviolables du Peuple » tant que ceux-ci ont été réduits au fil du temps, et ça fait bien longtemps qu’ils ont terminés leur processus de convergence vers le néant qui les caressent dans le sens du poil à travers des expressions aussi creux que prétentieux comme « lavi pwal chanje », « pèp la pwal jwenn manje » etc.

Ah « l’unité nationale » ce terme ci apprécié par nos candidats.  Que voulez-vous, adaptation oblige ! Un candidat croit en l’unité nationale seule force capable de le porter au timon des affaires de l’état. Mais une fois arrivé, il devient élu et là c’est différent, il s’est plus obligé de s’y tenir. Alors commence la dangereuse décentralisation de l’expression qui devient vite ‘unité familiale’ ou ‘unité amicale’ quand ce n’est pas, excusez-moi la redondance, ‘unité individuelle’. C’est sûrement pour ça que je ne trouve que peu de mots à dire sur « l’élimination de toutes discriminations entre populations des villes et des campagnes » parce que les problèmes et les contraintes sont partout.

Aujourd’hui encore la langue est un outil de différenciation entre les couches de la population. On peut bien comprendre français, avoir fait ses études post-bac dans 3 universités françaises dont Panthéon-Sorbonne mais être choqué par la réaction de bureaucrates fâchés parce qu’on les a abordé en créole dans un pays où la constitution garantit la légitimité du créole comme outil de communication officiel.

Le droit à l’information est un paradoxe terrible, croissance du nombre des médias mais bons, quand on enlève les partis pris, les tentatives délibérées de nuire et les incompétents il ne reste pas grand-chose. Enfin, l’école primaire est devenue ‘gratuite’ avec l’arrivée du pouvoir en place. Mais que reste-t-il du programme scolaire à l’heure où la plupart des écoles embauche les enseignants sous qualifiés pour réduire les coûts. Bon pour la santé, le travail et le loisir, on repassera parce qu’il s’agit de luxes que beaucoup d’haïtiens n’ont pas encore la chance de jouir.

Il fut question de « séparation, répartition harmonieuse des Pouvoirs », je pense qu’on a encore un peu de progrès à faire. Pour la petite histoire, je pensais qu’il n’y avait pas pire que des élus qui ne savent pas lire. Mais ça c’était avant d’apprendre qu’il y a des ‘sénateurs’ qui signent sans lire. Qui pis est en leur âme et conscience. Bref !

Je terminerai sur « la décentralisation », un leurre monumental. Une administration théorique qui va jusqu’à la section communale quand la gestion effective et la décentralisation du budget de l’Etat n’a fait ni un pas Kita encore moins un pas Nago.

En ce 29 Mars 2014, nous nous devons de réfléchir à notre devenir, au lendemain de cette nation. De nous interroger sur les 27 années passées, sur ce qu’on a fait, ce qu’on a oublié, ce qui a marché et ce qu’on doit changer. Tous ces jolis mots qu’on a criés pour exorciser nos maux ne peuvent être oubliés. Notre constitution est jeune à l’instar des 78% d’haïtiens de moins de 35 ans, allons-nous la laisser vieillir avec ses handicaps ou nous nous déciderons nous à lui donner les moyens de servir de ciment qui unit le peuple ?

Fersam Allifleur

Quatre ans déjà

 

Si les pleurs se sont estompés, le vide que leur départ a laissé est resté béant bien que 4 ans se sont déjà écoulés.

Aujourd’hui est un jour pour saluer la mémoire de plus de 230000 âmes, ces hommes, ces femmes, ces enfants, nos frères et sœurs, pères et mères, maris et femmes, fils et filles, cousins et cousines, grands-parents, voisins, amis et alliés qui ont péri dans cette catastrophe. Un jour pour rendre hommage également au courage de ce peuple qui malgré les contraintes et difficultés de toutes sorte ne baisse jamais les bras mais continue de transpirer pour s’en sortir et qui souvent arrive à peine à survivre.

C’est aussi l’occasion de féliciter les réalisations effectuées, aussi insuffisantes et incomplètes soient-elles. C’est l’opportunité de remercier tous ceux qui se sont dévoués, haïtiens et étrangers, pour faciliter ces améliorations.

C’est facile de trouver des centaines de raisons de critiquer ou de se plaindre mais est ce nécessaire de le faire ? N’est ce pas mieux d’être optimiste pour changer ? Et surtout parce que 3 ans à regarder en arrière devait être suffisant pour voir ce qu’on a raté dans cette reconstruction. Ce 4e anniversaire est le moment de nous tourner vers l’avenir, de cesser un instant de regarder les disfonctionnements du passé pour nous concentrer sur demain en optimisant aujourd’hui.

Depuis deux siècles nous sommes hypnotisés par notre passé et nous ne cessons pas de nous cogner dans les obstacles du futur parce que notre regard est éternellement tourné vers l’arrière. Nous nous gonflons d’orgueil d’avoir fait la révolution qui a conduit à 1804 et inspiré tant d’autres libérations mais nous refusons de nous asseoir une minute pour construire une démocratie.

On dit souvent que Haïti recule beaucoup plus facilement qu’il n’avance. N’est ce pas normal pour un peuple qui ne veut pas se détacher du passé ? Notre trajectoire ne saurait être déconnectée totalement de notre regard.

En ce 12 janvier 2014, laissez-moi vous inviter à la solidarité, la même solidarité qui nous a unis le soir du 12 janvier 2010 autour d’un repas, d’un abri de fortune, de la tristesse ou la peur. Regardons la vie et valorisons-la en adoptant une conduite respectueuse de la dignité humaine et de l’intégrité de la personne. Agissons aujourd’hui parce qu’en quelques secondes tout peut s’arrêter et demain s’échapper à jamais. 12 janvier 2014, un jour pour avancer, aimer et pardonner. Parce que le respect de la mémoire c’est aussi accepter de continuer, 12 janvier est un jour pour faire honneur à notre état de survivant.

Je ne sais pas qui tu as perdu dans cette loterie de la mort mais sentez-vous libre de remplacer les mots soulignés (valables pour moi) pour adapter cette poésie à votre cas mais retenez que « la grandeur n’a pas d’heure et l’amour n’a pas de jour » et donc le meilleur moment pour donner le meilleur de soi est maintenant.

Pou’w touche kè’m
Ou souke tè’m
Ou make chè’m
Pou granmè’m ou fè disparèt
Goudougoudou
Gou’w ret amè
Malgre tou map rete fè’m
Paske Lanmou pa gen jou
E grandè pa gen lè
Grandè ou grann ap toujou nan kè’m
(Marie A. Alliance / inédit/ 12 janvier 2013)

Comme le souligne le Nouvelliste dans son édition du 10 janvier 2014, « Léogâne debout 4 an plus tard », on peut petit à petit se relever de cette grande chute.

Du courage à nos 300000 amis et proches qui portent les cicatrices physiques de ce triste jour, à toutes ces familles qui ont dû recommencer de zéro et au pays qui mettra encore longtemps à effacer les stigmates de cette catastrophe.

A la mémoire de nos 230000 chers disparus.

Fersam Allifleur

Jou lendepandans

« Tout papye mwen ekri e pibliye sou sit sa an franse men jodia mwen deside pale kreyòl paske se lang manman’n, paske n pwal koze sou istwa’n, paske lenj sal lave an fanmi, paske kreyòl pale kreyòl konprann, paske kreyòl se lang ki soude tou ayisyen »

 

Pa gen okenn bon ayisyen ke l fèt Ayiti kou aletranje ki pa konn bon sant soup joumou premye janvye sa nou bay pote ti non jwèt « soup lendepandans » la. Pa gen dout nan sa, ke manman yon moun pa ta konn fè manje, lap jwenn yon bon ti soup nan men yon vwazen oubyen yon fanmi, yon zanmi e pou sa ki aletranje yo sitou yon ti soup nan yon bon restoran ayisyen ki respekte tèt li. Mezanmi kounya timoun pa ale swete larezone ankò, se sou « fès bouk » (facebook) yo fè granmoun ki pa wouye yo yon ti salitasyon nan de seri de mesaj jenerik ke yo afiche sou « mi » pwofil yo. Mesye tan ale tan pap tounen.

Pifò Ayisyen renmen soup joumou, sonje zafè swete larezone paske premye janvye se dat enpòtan pou nou. Se premye jou yon lòt ane, jou pou reflechi sou ki nouvèl oryantasyon nou ta dwe pran ak lavi nou. Se jou tou Desalin ak lot zanzèt nou yo, te deklare pèp sa a pap mache ajenou devan kolon blan ankò. Nou granmoun tèt nou.

Jounen jodi, lè premye janvye rive ki fèt nap fete ? Mwen toujou poze tèt mwen kesyon sa a e mwen si ke mwen pa sèl ayisyen ki konn mande tèt li kiyès nan 2 evènman jou sa a make e kisa nap selebre.

Jou anpil peyi nan mond la kanpe pou salye yon lòt lanne kap dekole,  yon lòt mak sou kòs pye bwa lavi. Oubyen jou zanzèt nou yo nan lanne 1804 te chita pou deklare ti bout tè sa a lib e endepandan e li pa sou lobedyans kolon franse. Eske se dat nesans yon nasyon an, yon kokenn chenn pilye nan chato idantite’n nap fete? Mwen pa si non ke se fèt lendepandans lan ki prime, pou’m pa di li neglije. Korije’m sim manti.

Poutan gen syosyològ ki panse si anpil ayisyen santi yo plis « tout lòt nasyon ke ayisyen » se paske konfizyon egziste nan tèt anpil nan nou sou kisa premye janvye reprezante pou nou.

Fòk nou rekonèt jou premye janvye anpil ayisyen nou rankontre plis anvi di’n « Bonn ane » olye yo di’n « Bonn fèt lenpedans ». Se pou sa mwen anvi pwopoze yon bagay ki riske choke kèk moun men ki parèt enteresan nan jem pou ede rezoud pwoblèm sa a.

Kòm premye janvye anpil peyi nan mond la (nou menm tou) gentan konfiske’l pou selebre premye jou ane kalandriye « Gregorien » an. Kisa nou panse si nou ta fè yon « référendum » pou chanje e adopte yon lòt jou  kòm « fèt nasyonal » ?

Pa mande’m ki dat li ta ka ye. Nou gen 18 Me ki se jou fèt drapo a ki, chak ane, pèdi yon ti kras nan sa li te konn ye. Nou gen 7 fevriye ki se yon jou enpòtan pou tout ayisyen paske se jou nou te delivre anba diktati san manman ki bwase bil peyi a pandan preske trant lane. Nou gen 29 mas ki se yon dat istorik paske jou sa a nou te deside dote tèt nou de yon konstitisyon ki bay tèt li pou misyon pwoteje dwa ak libète tout ayisyen nan garanti bon jan demokrasi nan peyi a, e gen anpil lòt jou ankò nan almanak la.

Mwen panse gen yon dimansyon sikolojik ki pèdi nan fete premye janvye paske li enpòtan pou yon pèp kanpe yon jou pou sonje ke li se yon nasyon li dwe leve doubout tankou yon nasyon.  Si l gen pou tonbe li dwe sonje tonbe an tan ke yon nasyon e lè li gen pou’l leve se tankou yon nasyon li dwe leve. M pa panse nou dwe bliye premye janvye paske se jou zansèt nou ye te chita pou deklare pèp sa a pa vle e deside pa aksepte gen mèt ankò paske li se yon « nasyon », paske ti bout tè sa a dezòmè pote non « Repiblik Dayiti ». Men nou pa ka kite rezolisyon nouvèlan detounen lespri nou de rezolisyon nasyon ke nou dwe pran chak ane.

Menm jan chak endividi itilize anivèsè yo pou sonje yap granmoun, yo pa ka kontinye viv menm jan chak ane, pouki nou pa ka adopte yon jou kote nou pa al okipe nan swete larezone men na va konsantre sou pwojè nou genyen pou ti bout tè sa a, menm peyi anpil moun te tonbe pou’l ka gen valè e anpil moun kontinye tonbe pou’l ka ofri pitit li lavi diyite ke yo bezwen.

Se paske’m met chapo ba devan jou lendepans peyi sa a, ke’m ta renmen wè nou tout respekte’l e make jounen lendepans la kòm sa dwa. M swete ke tout moun ki vekse oubyen twouve pwopozisyon mwen an deplase va sonje swete chak ayisyen parèy yo ke yo rankontre « Bòn fèt lendepans » paske premye janvye se jou tou pou’n sonje « Premye Janvye 1804 nou te pran Rezolisyon pou’n vinn yon nasyon, yon peyi lib e libè ki granmoun tèt li ». Premye janvye yon jou ki pou raple’n ke travay sa a poko abouti.

Bòn ane 2014 e sitou Bòn fèt lenpedans pou tout ayisyen san distenksyon !

 

                                                                                                                                                                                                                                                   Fersam Allifleur

Un espoir bafoué

16 décembre 1990 – 16 Décembre 2013

 

Malgré les risques de dérapage, la menace d’individus sanguinaire, ils furent nombreux à se mobiliser, ce 16 décembre 1990, pour exprimer leur voix, pensant que la voie des urnes les emmènera loin de la démagogie politique du moment et posera les bases de la démocratie qui a si longtemps manqué à Haïti sur tant de décennies.

J’étais trop jeune pour prendre position encore moins pour voter, mais assez grande pour ressentir le doux parfum de l’espoir, la confiance d’un peuple qui croit « dur comme acier » que la démocratie renaitra de ces cendres, que la page des années dictatoriales allait enfin se tourner. Un peuple qui croyait qu’il allait être écouté, être soigné de ces blessures passées et être bien traité pour pouvoir avancer.

Sèz desanm nou deside al vote …Pou bagay yo ka chanje

Près d’un quart de siècle plus tard (23 ans aujourd’hui), les visages ont vieillis mais les gabegies politiques n’ont pas pris une ride. Ce rêve de changement a été volé et cet espoir de construire enfin un avenir où nous et nos enfants pourrions jouir d’un lendemain meilleur a été piétiné.

A tous ceux qui ont trempés leur pouce dans l’encre foncé pour écrire cette étape symbolique de notre histoire, à tous ceux qui ont nourris des aspirations profondes avant et au lendemain du 16 décembre 1990 j’ai envie de dire de ne pas baisser les bras. Nous ne pouvons pas nous laisser abattre par la déception ni nous laisser entraver par l’inaction.

16 Décembre 2013, 23 ans d’attente et parce qu’on a grandit, c’est un jour pour se remémorer que nous avions un rêve pour ce pays et qu’il nous faut agir pour le concrétiser. 16 décembre, un jour pour nous réengager dans la construction de notre devenir. Les jours passent et les générations aussi, combien de temps nous faudra-t-il encore pour honorer enfin la mémoire de nos pères ?

M pa lave nan dlo sal
M pa vann pa inite
Mop mwen pa pran lòd
Kay mwen pa penn an ròz
Sa vle di m pa nan politik
Se yon kout rèl patriyotik
Se pa imajinasyon’m
Se imaj yon nasyon

Jodia 16 desanm, yon jou pou nou sonje ke gen yon rèv nasyon ki pou reyalize !

 

Fersam Allifleur

Trop c’est trop

Un petit tour d’horizon sur l’actualité haïtienne récente, en Haïti et à l’étranger, donne vite froid dans le dos. D’un coté Dessalines rencontre Pétion le 18 novembre comme si on ne faisait pas assez de mal à l’histoire en insultant tous les jours notre devise qui est l’union fait la force, il a fallu le jour de Vertières pour montrer que la désunion est notre nouveau credo dans un affrontement entre manifestations rivales.

Et que se passe-t-il entre temps ?

Nos frères subissent la discrimination et l’humiliation dans la république voisine. Des milliers de Dominicains d’origine haïtienne deviennent apatrides titrait le quotidien le Monde.fr dans son édition du 2 octobre suite à l’annonce de la cour constitutionnelle de Saint Domingue en date du 26 Septembre 2013 privant de leur droit des milliers de dominicains d’origine haïtienne. Des milliers de photos circulent sur les réseaux sociaux sur des incidents sanglants qui ont eu lieu dans certaines localités dominicaines visant et entraînant la mort d’haïtiens.

Le mardi 26 novembre dernier le Parisien.fr évoquait le naufrage d’une pirogue surchargée de migrants haïtiens au large de l’archipel des Bahamas. Bilan : 30 morts et 110 rescapés. Dernièrement des jeunes pleuraient sur les reseaux sociaux la disparition d’amis sur des embarcations similaires.

Et que faisons-nous entre temps ?

Rien ! Oh, j’ai failli oublier. Nous préparons notre manifestation du 29 novembre pour casser encore quelques vitres, détruire deux ou trois infrastructures et j’en passe. A l’instar des nombreuses manifestations qu’a connu le pays récemment.

 

A quelle fin ?

Chasser la vie chère et la misère. Assurer une vie digne à nos enfants. Amorcer le changement etc. Autant d’objectifs nobles qu’il convient d’encourager. Mais franchement, questionnons maintenant la méthodologie un instant.

Nous disons souvent que Dessalines a dit « koupe tèt boule kay ». Pourtant nous nous refusons de contextualiser les choses. Nos pères s’attaquèrent à un ennemi étranger, barbare et cruel qui pillait nos ressources, violait nos mères, maltraitait nos fils.

Aujourd’hui nous combattons des idéologies et des pratiques au sein de la nation, du coup la méthodologie doit changer. Sinon nous risquons fort de nous entre-tuer. Combien de temps encore nous faudra-t-il pour comprendre que le progrès se construit la main dans la main et non dans l’affrontement permanent ni les conflits inutiles. Comment pourrons-nous faire face à l’humiliation des autres pays si nous nous détruisons chez nous et nous nous humilions nous même par nos démagogie.  La parodie du Nouvelliste sur la « stratégie artisanale »[1] que nous utilisons pour attirer les touristes fait rire, mais démontre également la détresse de la situation. L’heure est grave et ça ne peux plus continuer ainsi. Ce n’est plus acceptable.

 

Que faire ?

Il nous faut agir. Trop c’est trop. Nous ne sommes pas obligés d’êtres d’accord sur tout mais dès lors que nous sommes conscients que nous sommes déjà allés trop loin dans nos déchirements internes nous pouvons trouver une solution. Nous nous devons de trouver cette solution. Aussi bien que les amis et les étrangers ne défendront pas mieux que nous les intérêts de notre famille, les pays dits amis et les néo colonialistes ne résoudront pas mieux que nous, Haïtiens, les problèmes d’Haïti.

Franchement l’usine sucrière de Darbonne travaille de moins en moins chaque année par manque de production de cannes à sacre, nos enfants haïtiens sont exploités et tués dans des plantations  de canne dominicaine.

Et en ce qui concerne les troubles politiques, sans faire de parti pris, on ne peut pas se permettre ces éternels recommencements. « Twòp tolalito, leader ak opozisyon menm ideyoloji, manje pa kite rès ». Ne comprenez-vous pas que la population n’en peut plus de ces mesquineries et ses bassesses.

Certes, il faut du temps pour réparer les décennies de démagogies, d’aberration et d’aveuglement politique. C’est pourquoi dirigeants et opposants doivent travailler ensemble pour faire respecter la dignité du peuple auprès de la communauté internationale en générale et la République Dominicaine voisine en particulier.

 

Quand ?

Maintenant. Le temps d’une vraie réconciliation nationale est venu. Tous ceux qui dans ces heures graves tiennent ou continuent de tenir un discours appelant à la division ne sont pas patriotes et sont indignes de prétendre représenter le peuple. Nous sommes UNE nation, nous devons prendre conscience que notre réussite en tant que peuple passe par l’unité et la fraternité. Nous devrions nous inspirer des passages d’unité du « discours de victoire[2] » du président Obama.

Nous avons touchée le fond. Il est temps que nous arrêtons ces conflits fratricides et  destructeurs pour construire cet espoir que tous les groupuscules revendiquent, contribuer à la réalisation de ce rêve commun de voir ce pays progresser un jour.

Pour la mémoire de nos pères qui se sont battus, sacrifiés pour nous laisser en héritage une république libre, un pays délivré de la dictature. Nous sommes UNE NATION, rêvons en peuple et construisons ensemble la réussite de ce pays afin que chacun puisse y trouver sa part.

Fersam Allifleur

 



[1] On dit aux investisseurs étrangers vient investir en Haïti mais entre haïtiens nous nous battons comme pas possible

[2] “ …the belief that while each of us will pursue our own individual dreams, we are American family and we rise or fall together as one nation and as one people….”, “…The role of citizens in our Democracy does not end with your vote. America’s never been about what can be done for us. It’s about what can be done by us together through the hard and frustrating, but necessary work of self-government… “…I believe we can seize this future together because we are not as divided as our politics suggests. We are greater than the sum of our individual ambitions…”

Honneur à un Lauréat

Max Grégory Saint-Fleur : 1er prix Kalbas Lo Lakarayib avec « Woulman Vag »

En lisant cet éditorial que je consacre à la victoire de Max Grégory Saint-Fleur au concours de poésie créole Kalbas Lò Lakarayib le 6 Novembre dernier en Martinique grâce à son texte intitulé « Woulman Vag », vous penserez sûrement que je suis très en retard ou très lente à réagir. Et pourtant, ce décalage était nécessaire pour laisser au poète le temps de relativiser les différentes vagues d’émotions qu’il a du ressentir ces derniers jours. Dans un entretien qu’il a bien voulu nous accorder, il revient sur les sentiments et expressions qui ont jalonné ses journées de l’annonce de la nouvelle à la dure réalité de son absence à la cérémonie de remise des prix.

A la question de nous décrire ses ressentis comme s’il essayait d’expliquer tout ça à un enfant, il a répondu « J’ai montré l’écran de mon ordinateur aux collègues parce que je n’avais plus de salive » avant de se reprendre « Avant j’ai sauté aux cous des collègues, ils ne comprenaient rien. Alors face à leur surprise devant ma brusque réaction je leur ai montré l’écran de mon ordinateur parce que je n’avais plus de voix. »  Il ne décrit pas sa surprise ici mais sa joie d’être primé dans un concours international, après de nombreux prix dans des concours locaux ou nationaux. Il n’était pas surpris parce qu’il est conscient de son talent et parce qu’il est assez humble pour continuer à travailler et à apprendre comme s’il était au tout début de son art. « Après la parution de Tan Lapli l’an dernier, Woulman Vag a suivi dans la même veine, avec l’eau comme thème central. Je me disais que je dois proposer un texte qui peut toucher. J’ai travaillé avec soin mes jeux de mots, les images, les figures de styles, aucun aspect du point de vue technique n’a été négligé. » Et son abnégation a payé.

Pourtant la surprise n’allait pas tarder à pointer le bout de son nez quand l’invitation à venir recevoir son prix en Martinique allait se heurter à la barrière de l’ambassade de France à Port-au-Prince. En dépit des démarches entreprises par le comité organiseur du concours auprès de la préfecture de Martinique rien n’est fait, les 3 nominés et primés haïtiens ont été les grands absents de la cérémonie. Ironie du sort les premiers vers du texte font référence à un rêve déchiré.

Chak woulman vag
S on dènye mizik woule m debò
Pawòl charabya k ap chare m
Nan yon rèv chichadò tou chire

Les autorités haïtiennes eux, n’ont pas levé le petit doigt pour soutenir la réussite de ces jeunes. Peut-être qu’ils avaient mieux à faire, peut-être qu’ils ne savent quoi faire, ou n’ont voulu rien faire, va savoir ?

Max, lui, n’était pas au bout de ses surprises parce que le jour où il a eu la confirmation de ne pas obtenir son visa pour se rendre en Martinique, il a aussi reçu la confirmation qu’il était le meilleur de la cuvée de 2013, pour la 4e édition de Kalbas Lo Lakarayib. Malgré la tristesse de l’absence à cet événement, il ne se décourage pas. Quand on parle de perspective, il est humble mais lucide « Je me vois en face d’un chemin encore plus long et plus difficile à parcourir. Percer l’espace littéraire n’est pas chose facile mais j’ai la détermination comme boussole. Je suis et je reste convaincu que l’avenir me sourira »

D’abord remercions Max d’avoir porté la poésie haïtienne sur la plus haute marche du podium de l’Atrium de Fort-de-France. Il a su agencer les mots pour aller chercher la victoire, et comme s’il l’avait deviné.

Nan yon enfini alevini serenad
Melodi van […]
M trese pa ak pawòl
M trese nas ak plim cheve m
Pou woulman vag
Bwote w pote ban mwen

Je ne saurais terminer sans attirer l’attention de nos dirigeants qui sont sensés supporter la culture et appuyer ces jeunes talents sur le mauvais signal qu’ils sont en train d’envoyer à la jeunesse. Quatre (4) édition de Kalbas Lò Lakarayib et sur les 24 prix distribués 7 haïtiens dont deux Kalbas Lo n°1 (2006 et 2013).

2006           Le prix «KALBAS LÒ n°1» à Madame Jeanie BOGART JOURDAIN
2008           Le prix «KALBAS LÒ n°2» à Monsieur Frantz Benjamim
2011           Le prix «KALBAS LÒ n°2» à Monsieur Carlyle Courtois
2011           Prix coup de cœur à Monsieur Roody Bartélémy
2013           Le prix «KALBAS LÒ n°1» à Monsieur Max Grégory Saint-Fleur
2013           Le prix «KALBAS LÒ n°3» à Monsieur Anderson Dorvilas
2013           Prix coup de cœur à Monsieur Claude Saint-Charles

Pour cette année 2013, 3 primés : 3 absents. Comment est ce possible que des jeunes talentueux subissent ces traitements?

Je veux refermer ce numéro sur une note positive à l’instar du positionnement de Max quand il parle de l’avenir « Je continue de travailler sur des textes en créole mais aussi en français. »

 Pour ton talent, ta générosité, ton humilité et ta lucidité, merci Max. Merci de donner espoir à la jeunesse, merci de symboliser l’exemple à suivre. Du succès pour l’avenir, pour la vie de la poésie en Haïti. Pou Kalbas Lò n°1 sa a ou pote lakay, m swete ke dlo enspirasyon, dlo ou renmen ekri a glise’w, mennen’w sou chimen siksè.

                                                                                                                                                                                                                                           Fersam Allifleur

Vertières

18 Novembre 1803 un jour mémorable pour tous les haïtiens

18 Novembre 1803– 18 Novembre 2013, 210 ans déjà mais on ne peut pas oublier ce jour mémorable ou une poignée de nègres artisanalement armés allait montrer la vraie signification des mots détermination et courage aux hommes de Rochambeau, général de l’expédition spéciale envoyée par le Grand Napoléon Bonaparte.

La persévérance de François Capois dit Capois la mort aux commandes de la demie brigade lourdement décimée lors des 4 assauts lancés pour prendre le fort de Vertières est, et doit être, un exemple de conduite pour tout haïtien qui se respecte.

Cette bataille qui marqua le tournant dans cette guerre d’indépendance vis à vis d’une tyrannie qui avait trop duré est une référence de notre capacité à VAINCRE si nous nous donnons les moyens, si nous nous mettons ENSEMBLE. Comme dit notre devise et parce que  « L’union fait la force ». Un petit groupe de nègres déterminés réussit à mettre en déroute une expédition de l’une des plus grandes armées de l’époque, une démonstration fascinante de la supériorité du cœur sur les moyens.

La bataille de Vertières c’est avant tout l’aboutissement un rêve partagé, un espoir nourri et un objectif commun, se débarrasser de ces barbares qui nous asservissaient. L’union contractée entre les noirs et les mulâtres a été décisive pour sceller cette victoire. Pas étonnant que des néo colonialistes se tuent à nous faire croire que deux haïtiens ne peuvent jamais faire route ensemble. Et c’est encore plus triste qu’on ait fini par adhérer à cette ineptie, et que la désunion soit notre arme d’autodestruction massive.  Quel dommage !

Notre devise est aujourd’hui encore « L’union fait la force ». Demandons-nous à quel moment on est devenu faible ? Pourquoi on l’est aujourd’hui encore? Notre faiblesse a pris naissance le jour où nous avons décidé de rêver séparément plutôt que d’avoir une vision de nation, et tous les jours où nous nous évertuons à promouvoir l’individualisme nous nous vidons de cette force qui nous a caractérisés sur la colline de Vertières non loin du Cap-Haïtien.

Vaillant enfants de Dahomey,  haïtiens, rassemblez vous ! Retrouvez la force qui vous caractérisait jadis. Relevez la tête avec fierté parce qu’une grande nation ne meure jamais. Granmoun yo di « nou se rozo, se pliye nou pliye nou pap kase ».Il est temps de prouver votre courage. Rassemblez-vous et luttez contre toutes les formes d’oppression qui vous asservissent comme vous avez lutté contre l’esclavage qui vous écrasait. Montrez que ce qui s’est passé sur les collines de Vertières, ce 18 Novembre 1803, n’était pas un hasard.

Fersam Allifleur

Historique de la démarche aboutissant à la création de l’UniveL (Université de Léogâne)

L’idée de créer une institution d’enseignement supérieur à Léogâne a commencé par germer depuis l’année 2004 quant, suite aux troubles politiques, plusieurs jeunes étudiants ont dû abandonner leurs études par peur d’être victimes de l’insécurité qui sévissait à Port-au-Prince la capitale et lieu de concentration des différents centres universitaires du pays. Il faut dire que cette situation vient alimenter les réflexions déjà en cours par rapport à la problématique de la non existence de centres universitaires dans la commune de Léogâne.

En effet, les études des jeunes léoganais devraient s’arrêter au Bac II si les parents ne trouvaient pas les moyens pour les faire rentrer à Port-au-Prince. Il faut aussi mentionner les cas d’étudiants léoganais contraints d’abandonner leurs études à Port-au-Prince sous le poids des frais de transport quotidien avec la fatigue épuisante des longues heures de trafic en autobus sur la route de Carrefour qui va avec. Dans cette situation, ceux-là qui parviennent à boucler leurs études sont ceux qui ont pu trouver un logement à Port-au-Prince ou tout simplement des héros qui, malgré vents et marées, se décident à se frayer une voie là-même où cela paraît impossible. Fort de cela, les fondateurs de l’Université de Léogâne (UniveL) regroupés d’abord au sein de l’Organisation Léogânaise pour le Développement Durable (OLD) ont démarré en 2004 avec les réflexions visant à installer cette institution. Cependant, les conditions intellectuelles et économiques n’étaient pas encore réunies pour leur permettre de concrétiser leurs rêves. Ils ont dû ajourner leurs ambitions. Cependant, il n’en demeure pas moins vrai pour autant de leur attachement à cette noble idée.

Aux lendemains du tremblement de terre de 2010 ayant ravagé la commune de Léogâne, les réflexions sur la reconstruction de la commune donnaient lieux à des débats de diverses natures. A ce moment, l’idée de la création d’une institution d’enseignement supérieur dans la cité Anacaona a refait surface. A cette fin, les promoteurs de cette initiative pour cette fois réunis au sein de « l’Initiative des Fermiers Organisés pour le Développement Durable (IFOSUD), ont décidé de créer et de fait ont créé le 08 Août 2011 l’Université de Léogâne (UniveL) qui comprenait pour sa première année d’existence une seule faculté en l’occurrence la Faculté d’Agronomie et de Développement Local dénommée Institut Supérieur de Technologies Agricoles et de Développement Local (ISTADEL). Deux ans après sa création, constatant un besoin réel et une demande accrue pour d’autres disciplines dont les sciences infirmières et les Sciences Economiques et Administratives, le conseil de direction de l’UniveL a jugé bon de créer deux autres facultés : la Faculté des Sciences Infirmières baptisée sous le nom de « Institut des Sciences Infirmières de Léogâne » (INSIL) et la Faculté des Sciences Economiques et Administratives. Telle est l’historique de cette université basée à Léogâne depuis le mois d’Août 2011 et regroupant en son sein 3 facultés : la Faculté des Sciences Infirmières dénommée Institut des Sciences Infirmières de Léogâne (INSIL), la Faculté d’Agronomie et de Développement Local dénommée Institut Supérieur de Technologies Agricoles et de Développement Local (ISTADEL) et la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FSEG).

Maxene Desir