Ceux qui pensent qu’Haïti a un problème de leadership n’ont pas connu ma mère.

par admin
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Quand je suis né, ma mère avait 19 ans. Femme rurale, sachant lire à peine, elle a donné naissance à 2 garçons et une fille. Mon frère et moi, nous sommes nés à la maison avec l’assistance d’une femme-sage ( à ne pas confondre avec infirmière-sage-femme). Mais ma mère a pris le soin, sachant qu’elle allait donner naissance à une fille, d’aller accoucher dans un centre hospitalier pour qu’après elle ait une ligature des trompes. Elle ne voulait plus d’enfants. Car, nourrir et éduquer des enfants en Haïti n’est pas une chose facile. Sachant qu’elle n’obtiendrait ni le support ni l’accompagnement de mon père dans ce plan, elle a décidé pour elle et pour nous, ses enfants, sans l’accord de son mari. Elle a eu sa ligature des trompes, elle ne peut plus donner naissance.

Comme tout bon père, mon père est un rude travailleur. Mais, sans le leadership de ma mère, on n’aurait rien réussi. Après la classe de certificat, mon père a voulu que j’arrête d’aller à l’école pour me consacrer à enseigner dans une petite école du village. Là, il n’y avait pas un salaire régulier pour les professeurs et je n’avais pas non plus la qualification nécessaire pour enseigner. Ma mère s’est imposée, elle a dit non. Je veux que mon fils continue d’aller à l’école…
Entre-temps la paroisse épiscopale a accueilli un nouveau pasteur: Révérend Jean-Wilfrid Albert. C’est un apôtre de l’éducation dans la zone. Dans ses visites pastorales, il a prêché un évangile basé sur la transformation intégrale de l’être humain avec emphase sur l’éducation. Cet évangile renforçait la détermination de ma mère et mon père n’avait donc, du coup, pas d’autre choix. Ainsi, j’ai eu la chance de continuer mes études….

Pour entamer les études universitaires, ce même père Wilfrid en a pris la charge. Avec le soutien des partenaires américains de la paroisse, j’ai bouclé avec brio un premier cycle universitaire (Licence). Ils m’ont dit que si j’étais intéressé à un deuxième cycle, ils étaient prêts à payer. Ainsi, je suis parti à Cuba pour une maîtrise…

Donc, je me rends compte que ma mère est l’exemple le plus concret de leadership que je n’ai jamais côtoyé dans ma vie. Ce matin, je me réveille avec le sentiment qu’il y a de l’espoir pour une autre Haïti. C’est le système patriarcal haitien qui nous a conduit là. Il est temps de changer de paradigme, il est temps que les femmes gouvernent ce pays. Les femmes de la trempe de ma mère pensent au bien-être de leur famille, au pouvoir elles penseront au bien-être de leurs concitoyens/ concitoyennes. Elles ne voleront pas, elles ne tueront pas leurs adversaires, elles ne surfactureront pas, elles n’iront pas dépenser les taxes des citoyens dans des casinos ni armer les enfants pour terroriser leur propre population…
Je ne suis pas naïf en faisant l’apologie d’un leadership feminin au plus haut niveau d’Haiti. Je sais très bien qu’il y a aussi des femmes corrompues. Ces derniers jours, grâce aux Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC), on les identifie et dans certains cas elles sont dénoncées. Je ne parle pas de ces femmes, mais plutôt de celles dont l’honnêteté est prouvée et qui est capable de diriger. Ma mère est un leader. Si nous voulons une Haïti prospère pour tous, laissons sa gouvernance aux femmes.

Rev Père Jean Fils Chery

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2 commentaires

Gerald C Toussaint décembre 2, 2021 - 1:52

ala yon bel teks . felicitations , Padre.

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Jean Fils Chery décembre 3, 2021 - 12:52

merci

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